Ces basses oeuvres
qu'accomplit Satan
sur la terre bénie de Dieu
déracinent l'amour
enterrent la paix
cultivent la haine
sous le pavillon hideux
de l'argent sale générateur de tourments
comment dès lors
ne pas aspirer à l'honneur
de mourir digne et pauvre
célébrant ainsi la seule nudite qui sauve
Ces ennemis de Dieu
féroces tueurs d'hommes
nous les connaissons depuis longtemps
leurs colonnes ont déferlé sur nos contrées
massacrant telles des hordes sauvages
nos mères, nos femmes, nos enfants,
éjectés hors de nos frontières
nous crûmes en enfants de choeur
à un impossible retour en terre arabe
oui, en enfants de coeur
Rumeur tenue et difficilement prononçable
pour se disculper
laver leurs pêches
effacer leur honte
ils créèrent des mots
des formules larvées
tels l'amitié traditionnelle
avec comme supports factices
les rets d'une reconquête plus subtile
encore
Sous le couvert d'une coopération humiliante
l'octroi de distinctions honorifiques
et prix littéraires décisifs et édulcorants
courus pas des possédés
courbant l'échine
faisant visites et quêtes
notre aptitude à nous griser sans cesse
d'apparences
Avides de jouissances
nos mélancolies porteuses de rêves insensés
nous ont pernicieusement chassés
hors de nous mêmes
créant le vide identitaire
ou l'hégémonie du crime
a cloué ses points d'encrages
et les quelques pages noircies çà et là
si sincères qu'elles fussent
seront emportées par les vents de la
tourmente
Elles n'étaient pas faites pour durer
il leur manquait la force du génie ancestral
et l'honneur du rang
je me retourne et considère
d'un oeil frais
le champ fertile des infirmités
de mes oeuvrettes passées
elles criaient dans le désert des "veillées d'âmes"
bien naïvement le chant éternel de l'humaine
fraternité
Aujourd'hui le 17 janvier
le rêve d'une vie éclatée
devait ressusciter les valeurs fondamentales
sous leur teint viril
dans le silence de ma nuit
je décide alors d'accrocher le parchemin
des illusions perdues
à la branche agonisante
d'un mandarinier blessé à mort
sur qui je verse une dernière larme
et la prière des morts à mains jointes récitée
Je me tapis sur terre
dans l'attente d'un été vengeur
le corps de la terre se couvre alors
de neiges printanières
le camelia reprend vie
sous les rayons solaires
le ciel de la raison
a mis sa roble claire
la face du saint se retourne à l'envers
La part du juste
ne s'arrache que par la guerre
la volonté divine
scellée, à celle des peuples
nimbée, retisse les fils de l'histoire
avec des crochets de fer
patiemment mûrie dans les trésors secrets
des viscères
la douleur qui ruisselle
crée le son cristallin
où l'aube nouvelle se construit
libre, aérée, sereine
qui a déjà écrit son nom sur registre majeur
des suprêmes sacrifices
Sur le bâcher gigantesque
j'ai jeté les livres bavards et indignes
sauve des flammes, les seuls titres
que l'aiglon souverain a emportés dans son vol
et sur lesquels un cygne blanc
a esquissé, gracieux, un pas de danse,
sous l'oeil impérieux
des chevaliers qui reçoivent...
et savent donner la mort !
Kemal ZEBDI *
Marrakech, 17 janvier 1991