M. Mohamed IKOUBAAN

 

 

 

 

 

Interview de M. Mohamed IKOUBAAN,
l'un des organisateurs du festival Moussem d'Anvers.



 

Mohamed IKOUBAAN : Je travaille dans l'organisation " Moussem ", une organisation qui a été instauré à partir de 2001. C'était la première fois que nous avions réalisé un moussem marocain en Flandre. Avant cette date, au niveau de la fédération des associations marocaines en Flandre (Federatie van Marokkaanse Verenigingen), nous menions un travail axé sur l'action culturelle, nous avions déjà réalisé en 1999 un premier festival de la culture marocaine, qui s'appelait " les nuits du ramadan " en collaboration avec un centre culturel à Anvers.
C'est une démarche pour sortir un peu de cette spirale négative, un discours un peu imposé en Flandre, un discours d'intégration et d'assimilation. Nos activités, dont le Moussem, c'est pour dire que nous sommes porteurs d'une civilisation riche et ouverte … Il faut savoir qu'il y'a toute une richesse culturelle qui est absente au niveau de notre propre communauté, mais aussi au niveau des instances culturelles en Flandre ! Nous avons fait le constat à l'époque que la vie culturelle en Flandre n'est pas vraiment représentative du tissu social multiculturel, il y'a 150 nationalités à Anvers par exemple, et c'est rare de trouver dans le circuit culturel régulier de Flandre la présence de la culture turque, marocaine ou autres que belge !
Notre travail a une double fonction : sensibiliser la communauté marocaine à la participation à la vie culturelle, et sensibiliser le public belge au plus que la communauté marocaine peut apporter au niveau culturel. On parle en général d'enrichissements culturels, mais on les voit rarement … c'est la raison pour laquelle nous nous efforçons de mettre en avant la richesse de la culture marocaine.

Wafin.be: Pourquoi le choix du mot " Moussem " ?

Mohamed IKOUBAAN : C'était la proposition d'un ami, et président actuel de l'organisation du Moussem, Mohammed Sabi, qui est actif depuis plus de trente ans dans la vie associative, c'est lui qui a eu l'idée de cette appellation. D'ailleurs, c'est lui et d'autres membres de la communauté marocaine qui avaient pris contact avec moi quand j'ai organisé les " nuits du Ramadan " à Anvers pour organiser le Moussem. Le Moussen est une tradition bien ancrée au Maroc, c'est une occasion et un lieu de rencontre, de joie et de festivité, c'est aussi une occasion de rencontre entre le citadin et le rural. Moi qui est originaire du rif, et qui a longtemps habité à Meknès, j'ai toujours été fasciné par les grands Moussem dans la région, avec les Aïssawas, les processions, en compagnie des gens de l'Atlas qui convergeaient vers la ville, etc. Le Moussem a au Maroc une signification économique, mais aussi culturelle … C'est cet esprit culturel qui nous a motivé à penser à cette nomination. Notre idée n'est pas d'implanter un moussem marocain ici, vous devinez que les conditions ne s'y prêtent pas, mais nous avons été fasciné par le concept, par les objectifs et els finalités d'une telle rencontre culturelle marocaine.
En organisant les " nuits du Ramadan ", on voulait reconstituer cet aspect culturel et social du Ramadan au Maroc, et de la même manière nous avons perçu l'idée du Moussem. Le pari est assez fascinant …

Wafin.be: Le public visé est aussi diversifié que votre programme …

Mohamed IKOUBAAN : Notre premier groupe cible est la communauté marocaine, parce qu'on veut qu'elle participe à l'événement, mais nous avons aussi comme objectif de sensibiliser un public plus vaste encore … On y pense au niveau de la programmation, nous essayons de présenter un programme assez varié qui touche des publics différents. Quand on met en affiche Majid Bekkas, on met en avant un style mixé, mariant l'occident et l'orient (Gnawas), on le programme au centre des cultures du monde, qui est un Centre avec une tradition de mélange des cultures et qui accueille un large public belge, tout aussi bien que des films comme " Les Yeux Secs ", qui est une production marocaine qui relate des problèmes locaux mais qui peuvent avoir un caractère universel. Nous avons aussi des artistes qui vont certainement drainer un public marocain large, comme par exemple Abdelhadi Belkhiat.
Pour ce qui est de la promotion presse, nous avons un écho assez large dans la presse flamande, mais aussi les radios et la télévision …

Wafin.be: C'est un moussem qui se déroulera exclusivement à Anvers ?

Mohamed IKOUBAAN : Effectivement … Mais on a depuis 2002 une coopération avec Dendermonde, mais aussi avec le Limbourg au centre culturel casino de Houthalen où se produira d'ailleurs Majid Bekkas, c'est une ville où il y'a une importante communauté marocaine (d'anciens mineurs). On a même une coopération avec la ville hollandaise de La Haye, Nous avons par ailleurs des demandes d'autres villes européennes … et nous essayons de voir comment l'on pourrait organiser dans le futur des minis moussem dans différentes villes de Flandre. Notre souci actuel, c'est que nous ne sommes pas encore assez forts et assez prêts pour nous lancer dans une organisation gigantesque qui couvrira toute la Flandre, voire même toute la Belgique.

Wafin.be: Vous n'envisagez pas la création d'un centre culturel -national- marocain en Belgique ?

Mohamed IKOUBAAN : Bonne question … J'aimerais préciser que nous avons fait le choix d'éviter cela, pour la simple raison que cela risque de nous isoler et marginaliser d'avantage! Nous avons le droit et la possibilité de bénéficier pas seulement de l'infrastructure, mais aussi de la présence des structures culturelles déjà existantes en Flandre, comme par ailleurs des budgets octroyés par le gouvernement flamand. Nous voulons présenter notre culture dans les mêmes espaces où la culture belge est présentée, tout comme toute autre culture. Le but étant d'éviter de rester sur la marge …

Wafin.be: Un mot sur le programme de la quatrième édition du moussem …

Mohamed IKOUBAAN : C'est un programme varié ou différentes disciplines artistiques seront présentées : la musique, le cinéma, la littérature, théâtre pour enfants… Il y a aussi divers ateliers, aux côtés de la grande fête populaire du 2 mai, avec différents musiciens, à ne pas rater le concert avec le grand Abdelhadi Belkhiat, mais aussi la diffusion de certains films produits au maroc. Aussi, dans le cadre d'une vaste programmation littéraire, nous avons une troupe de théâtre wallonne qui va se produire sur nos planches, nous avons aussi un débat qui promet d'être au top, c'est en présence du professeur Mahdi Elmandjra et le professeur Etienne Vermeersch, avec aussi la participation de Lucas Catherine … La traduction simultanée sera assurée pour ce débat. La présence d'un professeur aussi éminent que M. Elmandjra saura alimenter le débat actuel sur la présence des minorités culturelles et ethniques avec leurs différences, surtout religieuses (le port du foulard), face à des spécialistes en la matière aussi imposants que le Professeur Vermeersch, connu pour ses idées en ce qui concerne les demandeurs d'asile, le port du voile et la présence en Belgique des citoyens belges d'origine étrangère. Nous aurons droit à un débat rationnel, et non émotionnel …

Wafin.be: Le Moussem c'est pour les Marocains de Flandre ?

Mohamed IKOUBAAN : Pas du tout, il est pour les marocains tout court ! Francophones, flamands, ou autres … Ceci dit, c'est la première fois que nous avons fait le nécessaire pour faire une promotion au niveau de Bruxelles. Mais il ne faut pas perdre de vue que nous n'avons pas une très grande capacité d'accueil, mais nous recevons des visiteurs de la Hollande, de Bruxelles et certainement nous serons ravis qu'ils nous rendent visite. Cette année, nous souhaitons très sincèrement pouvoir drainer le public de Bruxelles et de Wallonie. A partir de l'année prochaine, nous allons tout mettre en œuvre pour étendre notre présence ailleurs ...