AFP | 22.09.02 | 22h46
Irak : les USA envisagent une guerre éclair
Les Etats-Unis envisagent une guerre éclair en Irak, concentrée sur Saddam Hussein et son entourage, selon des médias américains, mais plusieurs alliés de Washington ont mis en garde dimanche les Américains contre toute action unilatérale. Selon plusieurs responsables américains, cités par ces médias, l'attaque américaine n'aurait rien à voir avec la guerre de 1991. Samedi, la Maison Blanche avait fait savoir que les options militaires étaient depuis début septembre sur le bureau de George W. Bush. "Notre intérêt est d'intervenir très rapidement pour décapiter le régime et ouvrir l'accès à l'Irak de manière à montrer que nous sommes là comme des libérateurs et non pour occuper le pays", a expliqué au quotidien Washington Post un responsable du Pentagone sous couvert d'anonymat. Ce qui est déjà décidé, c'est qu'une éventuelle intervention militaire ne cherchera pas à détruire les infrastructures en Irak ou les troupes, ont indiqué des officiers au quotidien. Les b! ombardiers et les missiles américains viseraient exclusivement le président Saddam Hussein, son entourage et les institutions qui le soutiennent. Selon les mêmes sources, le général Tommy Franks, chef du commandement des forces américaines dans le Golfe et actuellement en tournée dans la région, utiliserait au sol environ 100.000 hommes. Pour le sénateur républicain John McCain, la guerre éclair est le scénario le plus plausible. Le régime irakien ne devrait pas tenir longtemps alors qu'il "est considérablement affaibli", a-t-il ajouté, en prédisant que M. Bush va obtenir une résolution de soutien des Nations Unies et du Congrès américain. La Turquie, membre de l'OTAN et géo-stratégiquement très importante pour Washington en raison de sa frontière avec l'Irak, s'est inscrite en faux contre toute action unilatérale. Elle pourrait déstabiliser la région et porter durablement atteinte aux intérêts américains au Proche-Orient, a déclaré le ministre turc des Affaires étrangères, Su! kru Gurel. "S'il faut vraiment faire quelque chose - et nous sommes aussi favorables à un processus de paix et de coopération au Proche-Orient - la légitimité doit être respectée et l'action décidée conjointement par les membres de la communauté internationale", a affirmé M. Gurel à CNN. L'Egypte, autre pays à avoir une relation privilégiée avec Washington, a elle aussi dénoncé la volonté des Etats-Unis d'agir éventuellement seuls pour renverser Saddam Hussein. "Le choix des chefs d'Etat est l'affaire des pays et des peuples concernés. La position américaine n'est conforme ni aux principes américains, ni au droit international", a fait valoir le chef de la diplomatie égyptienne Ahmed Maher au quotidien arabe Al-Hayat. Selon le ministre, l'adoption par l'ONU d'une nouvelle résolution sur l'Irak n'est nullement nécessaire. "Selon mes informations, les consultations entre membres permanents du Conseil de sécurité n'ont pas abouti à un accord" à ce sujet, a-t-il ajouté. De nouvell! es discussions sont prévues à ce sujet cette semaine entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, profondément divisés sur l'opportunité d'un nouveau texte. Le vice-président irakien Taha Yassine Ramadan a appelé l'ONU à ne pas "servir d'outil" pour une attaque américaine contre l'Irak. "L'ONU doit assumer son rôle en tant qu'organisation internationale responsable pour la paix et la sécurité dans le monde en oeuvrant au règlement des conflits internationaux par des moyens pacifiques", a déclaré M. Ramadan. Le Yemen de son côté a exhorté les pays arabes à ne pas servir de base à une attaque américaine contre l'Irak, jugée "injustifiée". "Tous les pays arabes doivent refuser de servir de base à une frappe contre l'Irak", a déclaré le ministre yéménite des Affaires étrangères, Abou Bakr Abdallah Al-Kourbi, au quotidien Al-Bayane. Le principal, voire unique, soutien des Etats-Unis pour un renversement de Saddam Hussein, le Premier ministre britannique Tony Blair, a é! té publiquement mis en garde par deux de ses ministres sur les risques d'une guerre contre l'Irak. "Nous ne pouvons pas avoir une nouvelle guerre du Golfe", a estimé la ministre au Développement international Clare Short. La veille, le ministre chargé des relations avec le Parlement, et ancien chef de la diplomatie britannique, Robin Cook, avait insisté sur "la nécessité de bâtir la plus large coalition possible pour faire en sorte que ce soit Saddam (Hussein), et pas nous, qui soit isolé dans l'opinion internationale". Hostile à toute attaque américaine, l'Iran pour sa part a fait étalage dimanche de son potentiel militaire. Téhéran plaide pour le respect du cadre des Nations Unies. En Irak, les autorités ont annoncé à nouveau avoir tiré des missiles sol-air contre des chasseurs américains et britanniques dans le sud du pays. Des incidents quotidiens opposent l'Irak aux avions américains et britanniques qui survolent deux zones d'exclusion aérienne, non reconnues par Bagdad. !
Source : www.lemonde.fr