Témoignage en direct des Territoires Occupés *

 Ce 26 octobre, premier jour de notre arrivée dans les Territoires Occupés, sera marqué par la visite du quartier où se trouve l’hôtel Paradisio, occupé par l’armée israélienne, la veille. Aujourd’hui il est en feu, de la fumée s’en échappe encore et l’odeur est insoutenable. Les scènes qui s’offrent à nous sont apocalyptiques : le quartier commercial est entièrement détruit, les murs sont criblés de traces de balles de différents calibres, les maisons éventrées exposent, impudiquement, leur contenu à l’entièreté de la ville.

 Les habitants des maisons sinistrées sont partis. Seuls les hommes sont là pour ramasser quelques effets personnels, témoigner devant la presse présente en nombre. A quelques  mètres de là, sur la place de la Nativité, se déroulent les funérailles de deux jeunes, tués hier. Les funérailles sont bruyantes, des tirs ont lieu de partout, de la place, des toits… La foule semble rompue à l’exercice. Des femmes regroupées sous des arbres, prient et pleurent en silence. Deux enfants se promènent, main dans la main, portant une affiche à la mémoire des deux jeunes tués, d’autres se promènent, une bouteille de plastique à la main dans laquelle ils entassent une bien étrange récolte : des douilles.

 

Nos interrogations, réflexions et indignations sur la participation des enfants à l’Intifada paraissent, dans ce cadre, combien stupides. Comment demander à ces enfants de mener une vie d’enfant «normale», faite de jeux et d’insouciance, alors que leur quotidien n’est fait que

de bruit, de violence, d’agression et de mort ?

 Nous passons notre première nuit à Beïth Sahour, une petite vallée de Bethléem, entourée de collines pour la plupart peuplées de colonies. Une famille palestinienne nous reçoit avec beaucoup de plaisir et de chaleur ; nous retrouverons cette qualité d’accueil durant tout notre séjour. En effet, les Palestiniens sont tellement heureux de pouvoir rencontrer des étrangers pour partager leurs moments d’angoisse, de doute mais aussi d’espoir.

Ce sont les seuls loisirs qui leur restent. Notre premier repas palestinien sera agité, entrecoupé de tirs de chars auxquels répondent les fusils palestiniens. Les bruits d’avions qui survolent Beïth Sahour continuent de croître l’angoisse qui nous étreint, en entendant les tirs qui dureront jusque très tard dans la nuit.

 Dans les Territoires Occupés, il est impossible de planifier une activité, de boucler un agenda. Tout se règle au jour le jour voire heure par heure. Ainsi, tant que nous ne voyons pas arriver notre taxi, nous ne savons pas si nous pourrons quitter Bethléem ce matin. Ce sera pourtant le cas et nous irons donc à Jérusalem. Le taxi nous dépose au check-point et nous continuons, valises et sacs à la main, notre route à pied. Ici aussi la scène est surréaliste : ville coupée en deux, chars, militaires, voitures de police, barbelés, contrôles d’identité…

 

Durant cette courte semaine, nous constaterons, de visu, combien la situation des Palestiniens est difficile et ce dans de nombreux domaines, qu’ils soient économiques, politiques, sociaux, culturels, sanitaires. En matière de santé, lors de nos visites aux centres de la Croix-Rouge et aux hôpitaux, les témoignages se recoupent. Au-delà d’une situation matérielle dramatique (infrastructures hospitalières détruites, manque de médicaments,…), les indicateurs de santé deviennent de plus en plus inquiétants. Ainsi, depuis un an de cette dernière Intifada, 11 membres appartenant au personnel soignant ont été tués, 64 ont été blessés, plus de 250 cas de violence contre le personnel médical aux check-point ont été enregistrés et les infrastructures  hospitalières ont été la cible de tirs à 34 reprises. Aux check-point il y a eu 14 accouchements, 16 personnes suivies pour des problèmes de dialyses ou de pathologies chroniques sont décédées, faute de ne pouvoir franchir les routes. A ces chiffres s’ajoutent le nombre de 25% d’enfants qui n’ont pu bénéficier des vaccins obligatoires.

 Fatiha SAIDI

Députée ECOLO

Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale

 * Extrait de mon carnet de routes dont vous pouvez obtenir l’intégralité du document (avec photos) en faisant parvenir un mail à l’adresse : fatiha.saidi@ecolo.be