Tout ce qu'entreprennent les Etats-Unis est devenu prévisible ; le but de la guerre est l'hégémonie, et même les comportements de Bush sont devenus une forme d'hystérie nourrie par une haine personnelle pour le peuple irakien et son Président. Bien que je sois moi-même professeur de Relations Internationales, je n'ai pu comprendre certaines des expressions employées par Georges Bush. Les hommes de la Maison-Blanche traitent Saddam de menteur et de fils de... (son of a bitch) - ces propos ont été proférés à la Maison-Blanche, le quotidien américain "The Herald Tribune" les a rapportés dans sa livraison du 18 février. Lorsqu'un Chef d'Etat s'exprime de la sorte, il devient extrêmement difficile de tenter une analyse politique et économique de la situation. L'analyse serait plutôt ici du ressort des psychiatres.
Mais il y a aussi un autre élément. Depuis le 2 août, je note attentivement les déclarations du gouvernement israélien dont la dernière a trait à la récente initiative de Gorbatchev. Les israéliens expriment le souhait que les Etats-Unis étudient avec le plus grand soin cette initiative. Ainsi, la décision américaine paraît désormais prévisible. Le Président des Etats-Unis a demandé au Congrès une rallonge de 56 milliards de dollars pour la guerre du Golfe - preuve de sa détermination à continuer la guerre.
LA POSITION EUROPEENNE
Des distinctions s'imposent, ici. Il n'y a rien à attendre de la France et de la Grande-Bretagne, mais si l'alignement de Londres sur Washington n'est pas chose nouvelle, la position de la France a de quoi surprendre, car, bien que perdant dans tous les cas de figure, ce pays n'est pas sorti du consensus imposé par les Etats-Unis. Reste l'Allemagne, elle est l'un des pays qui auront le plus à pâtir de la guerre, surtout depuis qu'elle a réalisé son unité et affirmé ses ambitions de jouer au plan économique, un rôle influent, tant à l'échelle européenne que mondiale. J'incline à penser que les contacts entre Gorbatchev et Kohl feront pencher la balance en faveur d'une position allemande constructive à l'égard de l'initiative de Gorbatchev (Helmut Kohl a confirmé plus tard cette tendance, en déclarant que l'initiative soviétique est la dernière chance de paix, si nous oeuvrons sérieusement à la concrétiser). L'Allemagne poursuit également les objectifs économiques en URSS, et l'on peut donc attendre une réaction positive de Bonn à l'initiative soviétique.
LA POSITION IRAKIENNE
Il semblerait que la position irakienne sur l'initiative de Gorbatchev soit positive. Mais le problème reste celui de l'attitude américaine. je ne crois pas que les Etats-Unis acceptent une solution de paix, surtout si elle découle d'une initiative soviétique, car dans ce cas, les américains pensent tout de suite que les soviétiques cherchent à leur disputer la vedette, ce qui est inacceptable pour eux. Ajoutons à tout cela l'influence de l'opinion publique américaine sur Bush, en tant que Président de la République ; mais, là-aussi, le problème est réglé : Bush met aujourd'hui en avant le leadership américain sur le monde, et il n'existe pas un seul américain pour s'y opposer.
REACTIONS PROBABLES DES SOVIETIQUES
Il y a des précédents dans l'histoire, même si la conjoncture est quelque peu différente. Lorsqu'en 1956, la Grande-Bretagne, la France et Israël sont intervenus militairement contre l'Egypte, l'Union Soviétique a réagi, en lançant une mise en garde très énergique, et est ainsi parvenue à mettre fin à l'agression. Il reste, malgré ce précédent, à répondre à cette question très importante : est-ce que Gorbatchev est prêt à défendre son initiative ou son plan de paix ? ou s'agit-il d'un simple scénario destiné à montrer que la décision soviétique ne dépend pas des Etats-Unis, après quoi il pourrait changer de position?
Je crains fort qu'il ne faille envisager plutôt cette seconde éventualité, et que Gorbatchev n'en vienne à retirer son initiative, comme ce fut le cas, en janvier dernier, avec l'initiative française, surtout qu'il est bien possible que des accords secrets aient été conclus entre Moscou et Washington au sujet du Golfe.
Nous ne devons pas non plus oublier que Gorbatchev a un grand rival
en la personne d'Eltsine qui a demandé au Président soviétique
de se démettre de ses fonctions. Il n'est pas exclu que cette demande
soit liée à des calculs du camp occidental, et plus particulièrement
des Etats-Unis, visant à empêcher Gorbatchev de jouer un rôle
important qui aille à l'encontre de la volonté occidentale.