Aujourd'hui et après deux semaines de guerre, on ne peut que s'incliner devant la détermination du peuple irakien et les sacrifices qu'il consent. En dépit de l'absence de chiffres et de statistiques, il est impossible qu'un peuple soumis à un déluge de bombes totalisant en puissance l'équivalent de 15 bombes Hiroshima, n'ait pas eu à déplorer des dizaines de milliers de victimes surtout parmi les civils, enfants, femmes et vieillards; un constat très affligeant en cette fin de XXème siècle.
Deux semaines donc après le déclenchement des hostilités, on peut procéder à une analyse de la situation à plusieurs niveaux. Il s'agit d'abord d'un miracle, car un peuple de 17 millions d'habitants avec un PNB inférieur à celui de chacun des trente Etats qui lui livrent une guerre sans merci en mobilisant les dernières technologies et en s'appuyant sur la collaboration sans faille de tous les occidentaux, ce peuple donc, continue de tenir, face à cette impressionnante coalition des forces.
Toute minute qu'il passe ainsi relève du miracle, surtout quand on songe aux développements qui surviennent ici et là dans le monde et dont le rythme va crescendo dans le Tiers-monde, et même aux Etats Unis et en Europe, saisis subitement d'une peur grandissante. Tenant compte du grand déséquilibre des forces on peut considérer le comportement du peuple irakien comme une victoire pour laquelle il a consenti - SEUL - tous les sacrifices. Parallèlement, les Palestiniens, chez eux, subissent les pires exactions aux mains de l'armée israèlienne.
Certes, des facteurs stratégiques, militaires et autres entrent en jeu dans cette vaste opération. La guerre terrestre a, en effet, déjà commencé et l'Irak est disposé à y consentir d'énormes sacrifices. Si les armées adverses subissent de lourdes pertes en vies humaines, cela provoquera des remous au sein de l'Occident et, surtout, à l'intérieur des Etats Unis. L'impact sur l'opinion publique américaine et occidentale en général, sera encore plus profond que celui laissé par la guerre du Vietnam.
Je crois donc que la vraie guerre, c'est celle qui fera rage dans les dix jours à venir. Nous verrons que l'attaque qui sera lancée contre l'Irak et la région arabe, n'a pas de précédent dans les annales de l'histoire islamique.
Quoiqu'il advienne, je suis convaincu que le monde arabe subira des transformations qui auraient été inimaginables il y a encore 10 ou 15 ans. L'opinion publique commence à bouger. On vient d'apprendre que les étudiants de l'Université Aën Chems, en Egypte, ont commencé à réclamer le retrait des troupes égyptiennes. De pareilles démonstrations pourraient se produire en Syrie et même en Turquie. Quant à l'Iran, il ne peut, en cas d'un prolongement de la guerre, s'abstenir d'intervenir d'une manière ou d'une autre, sous la pression de sa population.
Je voudrais, à cette occasion, proposer que l'on célèbre la journée du 8 février où, en 1904, commença la guerre russo-japonaise alors que personne à l'époque ne pouvait imaginer la victoire d'un non-occidental sur un occidental. Pourtant, l'issue de la guerre fut largement en faveur de l'Etat nippon. Il en sera de même pour le Tiers-monde qui finira, un jour ou l'autre, par vaincre l'hégémonie occidentale. Mais il a intérêt, pour y parvenir, à maîtriser les paramètres de la victoire. Celle-ci en effet, réside dans les objectifs que se fixe chacun des protagonistes.
Ainsi, l'Occident recherche l'hégémonie. Quant aux populations du Tiers-monde, elles s'efforcent, malgré l'inertie de leurs gouvernements, de défendre la dignité de l'homme. La réalisation de cet objectif rapprochera davantage les pays du Sud de la victoire quels que soient par ailleurs les revers militaires qu'il pourraient subir en Irak aujourd'hui, ailleurs demain.
Alors que s'approche le mois de Ramadan, celui de l'amour, de la fraternité et de la paix, comment un musulman peut-il se permettre de livrer une guerre, en terre sainte, contre d'autres musulmans?
Alors que des centaines de milliers d'arabes et de musulmans subissent cette épreuve terrifiante, je m'insurge contre le fait que les organes d'information de mon pays ne respectent pas la sensibilité d'une opinion publique qui a montré à quel point elle compatit avec un peuple meurtri par les forces occidentales.
C'est la première fois que je parle sur ce ton. Je m'y sens acculé, car plus je suis les comptes rendus des médias internationaux, moins je comprends cette attitude chez nous. Nous pouvons aider en optant même pour une sorte de neutralité, mais certainement pas en adoptant une attitude favorable aux médias occidentaux, dans cette conjoncture particulière. J'affirme donc, en tant qu'ancien directeur de la Radiodiffusion Télévison Marocaine, que je suis profondément peiné par les organes d'information officiels et par la station Médi I (Tanger), dont le conseil d'administration est présidé par un membre du gouvernement.
Je redoute donc l'utilisation par l'Occident ou Israël d'armes quasi-nucléaires. En revanche je suis convaincu que l'Irak ne sera pas le premier à faire usage de ce genre d'armement. Par conséquent, l'opinion publique mondiale, surtout dans le Monde Arabe, doit être parfaitement consciente que le moment est venu de lancer le vrai "Jihad" dans son acception scientifique, civilisationnelle et médiatique.
Par ailleurs, l'Arabie Saoudite a dû accroître sa production de fuel pour répondre à une consommation effrénée de ce carburant par des chasseurs bombardiers appelés à multiplier leurs sorties aériennes contre les objectifs irakiens. Pourtant, et en dépit du nombre sans doute élevé des victimes irakiennes, eu égard aux forces occidentales en présence, c'est l'Occident en tant que valeurs, culture et psychologie qui a subi la défaite.
Par ailleurs, la région du Golfe connaît une crise écologique des plus catastrophiques, surtout quand on sait que l'Arabie Saoudite tire de la mer une bonne partie de sa consommation en eau potable. D'ailleurs, on ne peut écarter l'éventualité de voir les armées arabes stationnées en Arabie Saoudite, confrontées à un problème d'approvisionnement en eau potable.
Un éditorialiste américain, dénommé William Safire, connu pour être le porte-voix des Sionistes dans les éditoriaux qu'il publie dans le "Herald Tribune", avait écrit, le 14 décembre dernier, que les Etats Unis se devaient d'utiliser leurs forces aériennes pour annihiler, en un mois, aussi bien l'Irak que le Koweit et pour détruire, en particulier, les réservoirs d'eau et dévier vers la Turquie les cours d'eau irakiens. Il a dit en substance "notre meilleur allié, contre l'Irak, ce sera la soif... La soif de l'armée irakienne."