Un tiers des civils tués au Liban
depuis le début de l’agression israélienne
sont des enfants
( Mardi 1er août 2006 )
 
Un tiers des civils tués au Liban depuis le début de l’agression israélienne sont des enfants, comme les 34 au moins qui ont péri dimanche 31 juillet à Cana. Quant à ceux qui ont échappé aux bombardements, beaucoup resteront longtemps traumatisés par ce que les adultes auraient dû leur épargner : des visions de mort et de destructions.
Au-delà des nombreuses vies fauchées dans leur jeunesse, le coût psychologique subi par les enfants survivants est lui aussi considérable. "Vous ne pouvez pas échapper au bruit des bombes", explique Nadine Maalouf, une pédo-psychologue qui travaille avec des enfants libanais traumatisés par la guerre.
La violence, les Libanais ont longtemps vécu avec. Ils en ont souffert durant les 15 années de la guerre civile (1975-1990) et l’invasion israélienne de 1982. Mais les jeunes qui ont connu cette longue période de conflit, devenus aujourd’hui parents, espéraient pouvoir protéger leurs propres enfants de ces horreurs. Au lieu de quoi, ils se retrouvent à nouveau impuissants face aux bombardements ininterrompus de l’aviation et l’artillerie israéliennes qui détruisent des quartiers entiers dans le sud du Liban et certains faubourgs de Beyrouth.
"Il y a eu un avion qui a fait un bruit de pffff", raconte la petite Nour el-Hoda Cherri, 11 ans, qui se souvient encore à quel point elle a tremblé lors du bombardement de son quartier de Haret Hreik, quand son immeuble a été détruit.
"Mon coeur me faisait mal. Il battait trop vite", dit-elle en appuyant sur sa poitrine. "Je me suis dit : ’ça y est, on va mourir, c’est notre destin, Dieu va me punir pour toutes les choses pas bien que j’ai faites’." Et de citer les banales bêtises de son âge : mentir à sa mère, cacher des choses à ses parents, pousser une fillette plus jeune qu’elle...
Le secrétaire général adjoint de l’ONU aux affaires humanitaires Jan Egeland a estimé vendredi 28 juillet qu’un tiers des 400 à 600 personnes tuées au Liban étaient des enfants.
L’agression israélienne a également eu pour effet de faire fuir et déplacer des centaines de milliers de Libanais, qui ont trouvé refuge dans des écoles, des jardins publics ou des parkings souterrains dans des régions plus sûres du pays.
Il faudra des années avant que toutes les maisons ne soient reconstruites. Entre-temps, les enfants devront donc vivre dans des endroits qui ne leur seront pas familiers. Selon la psychologue Nadine Maalouf, les effets du traumatisme se feront sentir encore plus durement après la guerre, lorsque ces jeunes ne pourront toujours pas rentrer chez eux et manqueront de "repères" : amis, lieux de jeux favori, le magasin où ils achetaient leurs crèmes glacées.
Les enfants qu’elle rencontre depuis une ou deux semaines présentent divers symptômes, allant de la dépression à l’hypertension en passant par la perte de repères. De nombreux parents constatent aussi que leurs enfants sont devenus agressifs et désobéissants en raison du manque de cadre et de discipline.
La plupart des réfugiés viennent du sud du pays, où est implantée la résistance, cible des attaques des forces d’occupation depuis qu’elle a prisonnier deux soldats le 12 juillet et tire des roquettes contre Israel. Et, autre conséquence de l’agression, de nombreux enfants déplacés de ces zones, surtout les garçons, aspirent à rejoindre la lutte armée contre Israël.
"Je veux me venger des Israéliens", clame Ali Kalache, 14 ans, originaire d’un quartier bombardé par les forces d’occupation. A une époque, l’adolescent voulait devenir pilote de ligne. Même chose pour Hussein Mqachar, 11 ans, qui s’est toujours senti une âme de chef et veut aujourd’hui rejoindre la résistance.
Quant à Jamil Qbeis, 13 ans, il rêvait de devenir chirurgien. Maintenant, il espère d’ici quelques années combattre dans les rangs de la résistance, "parce qu’Israël nous détruit, nous tue et nous déplace