DES DESTOURIENS DEMOCRATES REVELENT ET DENONCENT LES DERIVES ET LES CRIMES DE BEN ALI ET DE SON SYSTEME

Nous, membres du RCD, avons, en toute lucidité et conscience, décidé de ne plus nous complaire dans une attitude de subordination et de silence par rapport aux méfaits, dérives et crimes que, en notre nom et au nom de dizaines de milliers de militants sincères, intègres et patriotes du RCD, une clique de voyous, couverte et adoubée par Zine Al Abidine en personne, est en train de commettre, en toute arrogance, morgue et impunité, contre la nation, contre ses acquis et contre son intégrité même. Nous traduisons, ce faisant, les sentiments intimes et vrais de l’écrasante majorité des militants du RCD qui ne se reconnaissent ni dans les pratiques de gouvernement médiocres, mesquines et méprisantes que Ben Ali a instituées depuis le 7 novembre, ni dans son comportement d’homme qui a fait du mensonge un vecteur d’action et de l’illicite enrichissement personnel (pour lui-même, nous disons bien pour lui-même) un credo de vie.

Nous nous considérons comme les héritiers d’un mouvement politique authentiquement populaire, nationaliste, réformateur et moderniste à qui la Tunisie doit l’essentiel de ce qu’elle était avant que le destin ne lui impose injustement un si long règne de Ben Ali. Si nous admettons volontiers que la dérive du Combattant Suprême, l’immortel leader Habib Bourguiba, vers un despotisme non éclairé, depuis notamment le Congres du PSD de 1971 où il a coupablement confisqué la victoire du courant libéral du PSD, a gravement nui à l’évolution naturelle du pays vers une société plurielle et un régime démocratique, nous revendiquons, en revanche, une adhérence inconditionnelle à tous les autres choix authentiquement réformistes, progressistes et populaires que Bourguiba a eu le génie de faire à temps et qui ont permis la sculpture d’une société à nulle autre pareille, jusqu’à ce jour, dans le monde arabo-islamique.

Nous nous définissons par conséquent comme des destouriens démocrates à l’exemple de ceux qui nous ont précédé dans cette voie, Ahmed Tlili, Ahmed Mestiri, Hassib Ben Ammar, Radhia Haddad, Mahmoud Messaadi, Beji Caied Essebsi, Mustapha Ben Jaafar, Bechir Ben Yahmed, Omar S’habou, Mohammed Talbi, et bien d’autres encore, ainsi que les continuateurs d’une lignée de grands serviteurs de l’Etat, intègres et patriotes comme Hedi Nouira, Bahi Ladgham, Mongi Slim, Taieb M’hiri, Ahmed Ben Salah, Mansour Moalla, Rachid Sfar, Azzouz Mathari, Mohammed Jgham, Mohammed Ghannouchi, pour n’en citer que les plus emblématiques…

Que tous les authentiques patriotes et démocrates de notre pays sachent que l’écrasante majorité des militants du RCD – il faut en exclure les thuriféraires, les mercenaires et les acolytes – sont dans un état d’exaspération et de révolte avancée et que leur apparente discipline actuelle n’est que le reflet et la conséquence du régime de terreur et de délation que Ben Ali a établi et dont les destouriens sont aussi les victimes.

 Frémissements d’exaspération

 Un des exercices favoris actuels des militants destouriens quand ils se sentent à l’abri d’un délateur des leurs, consiste à s’échanger les informations relatives aux derniers exploits des Trabelsi, des Ben Ali et des gendres de ce dernier en matière de pillage des richesses, des ressources et des moyens de production du pays. Les débats d’idées leur sont inconnus. Ils ne sont exhumés- et encore !- qu’à l’occasion des joutes électoralistes où tout s’achète et se vend. Le forfait, inqualifiable, actuellement à l’ordre du jour des conversations inter-destouriennes dans la région du Sahel principalement a trait à l’opération d’appropriation par Belhassen Trabelsi, frère de Leila Ben Ali, et ses deux associés, Hamadi Touil et Hakim H’mila, de la colline à vocation agricole qui surplomb le port d’El Kantaoui. Un espace féerique avec vue imprenable comme on dit. Première phase : les trois associés groupés en une société de promotion immobilière dont H’mila est le gérant achètent ce terrain de 34 hectares de ses propriétaires pour 4 millions de dinars. On imagine mal un des propriétaires oser refuser de vendre sa parcelle à Belhassen Trabelsi. Deuxième phase : par décret rapidement décidé, rapidement conçu et rapidement promulgué, le terrain est déclassé et devient à vocation urbaine. Troisième phase : l’autorisation de lotissement qui prend, normalement, un délai de quelques années, est consentie en trois mois seulement à la société : du coup la valeur du terrain acquiert une plus value équivalente à dix fois son prix de vente. Quatrième phase : aussitôt l’autorisation du lotissement obtenue, Belhassen Trabelsi et Hamadi Touil qui ne font en réalité qu’une seule et même personne - le deuxième servant de prête nom au premier - vendent leur part à H’mila pour la bagatelle de 42 millions de dinars ! Bien entendu H’mila ne déboursera pas un seul millime pour payer ses deux associés. Il obtiendra sans aucune difficulté un prêt bancaire conséquent contre lequel il a donné un privilège consistant en un vieux dépôt situé à M’saken et ne valant pas plus de 200000 dinars ! Ultime phase : Zine est invité à prendre connaissance du butin. Ayant eu vent de son arrivée par la police routière qui a découvert sur l’autoroute le convoi présidentiel, les autorités régionales se sont mis en état d’alerte et ont cru bon de se préparer à l’accueillir comme il se devait. Peine perdue : ils seront renvoyés sans égards à leurs officines sous prétexte que la visite était privée. De fait elle l’était. Ben Ali y a acquis, à titre de cadeau bien entendu, le plus beau lot d’une surface d’un hectare. Imagine-t-on- Habib Bourguiba, autorisant, couvrant et profitant d’une opération typiquement mafieuse où les rouages de l’Etat ont été instrumentalisés sans vergogne pour sa finalisation ?

 

Deuxième forfait qui fait les commentaires enragés - mais malheureusement impuissants- des destouriens : l’affaire de l’hôtel « Aldiana ». Situé à Djerba, il appartient à la société « Tunis Air », laquelle, dans le cadre de sa restructuration à la suite des déficits cumulés qui ont failli la mettre à genoux, a décidé de le vendre. L’avis d’appel d’offres a abouti à la cession de l’hôtel au plus offrant qui se trouvait être l’inévitable Belhassen Trabelsi pour la somme de 9 milliards de dinars, dépassant d’1 million de dinars un autre acquéreur potentiel. Aussitôt après Belhassen procède dans l’urgence à une expertise pour évaluer la valeur réelle de l’hôtel qu’il établira autoritairement à 3 millions de dinars seulement. Il exige ensuite la convocation d’un conseil interministériel aux fins de réviser à la baisse l’opération de vente et de la valider au niveau établi par l’expertise, soit 3 millions de dinars.

Sadok Rabah alors ministre des transports et bien qu’impliqué lui aussi dans plus d’une illicite

opération d’enrichissement personnel, sans aucun doute excédé par tant de rapine, refusa de cautionner l’opération. Résultat : il n’est plus ministre. Et la menace publiquement proférée contre lui par Belhassen de le « niquer » s’est accomplie. Nul doute que l’opération va incessamment être validée après la nomination, à cette fin, de Abderrahim Zouari, l’homme à tout faire de la clique, au ministère du transport. Et pour 3 millions de dinars comme l’exige Belhassen, alors qu’il y avait un acquéreur bancable et immédiat pour 8 millions de dinars. Conclusion : 5 millions de dinars ont glissé des caisses de l’Etat aux poches de Belhassen Trabelsi !!!

Les agissements du nouveau venu dans ce cercle du mal, Sakhr Materi en l’occurrence, époux de Nesrine, fille de Leila, constitue une autre source d’indignation, d’irritation et d’échauffement des militants. Tout le monde sait que la société étatique « Ennakl » qui commercialise la très prisée gamme de voitures de la maison « Volkswagen », après une solide opération de mise en valeur qui a coûté des dizaines de millions de dinars, lui a été cédée pour la somme de 13 millions de dinars. Mais ce que personne ne sait, c’est que le chèque de 13 millions de dinars, remis au trésor public et tiré sur la STB ( la banque de Leila, de ses frères, sœurs, gendres, neveux et nièces) est en bois. Il ne sera pas présenté à l’encaissement. C’est la règle : les Ben Ali, Trabelsi et consorts ne payent pas leurs fournisseurs qui doivent se suffire de l’honneur d’avoir parmi leurs clients un Ben Ali, un Trabelsi et, désormais, un Materi !!! Ce qui n’empêche nullement Sakhr de s’exhiber, en toute arrogance, dans une insolente « Bently» ( jumelle de Rolls Royce) argentée, agressant et humiliant ainsi les centaines de milliers de tunisiens qui peinent pour joindre chaque mois les deux bouts ou les dizaines de milliers de chômeurs et autres candidats au suicide….

Sans parler des autres opérations immobilières devenues courantes, banales et qui traduisent en fait une compétition effrénée entre les uns et les autres pour qui a le plus beau palais, la plus coûteuse voiture et le plus solide compte bancaire. Au nez et à la barbe d’une opinion publique tunisienne parfaitement consciente et parfaitement blessée dans sa citoyenneté. Dernières opérations immobilières en date : le palais que Ciryne Mabrouk, fille de Ben Ali s’est fait construire sur le port punique à coté de celui de Abdallah Kallel et entièrement conçu et exécuté par des italiens et avec des matériaux italiens. A lui seul le marbre a coûté près d’un million de dinars. Les documents bancaires attestant l’opération le prouvent. Quant aux deux résidences de rêve à Hammamet que la famille « Feuillates », qui a fait fortune dans le commerce des armes, possède à Hammamet au bord de la mer, elles ont été achetées la première par Dorsaf Ben Ali et Slim Chiboub pour 2 millions de dinars et la deuxième par Ciryne Ben Ali et son époux Marouane Mabrouk pour cinq millions de dinars grâce à un transfert parfaitement illégal par le biais de la Banque Centrale.

La bastille se lézarde…

Comment voudrait-on que face à ce fou déferlement de la démesure, de l’outrance et de l’insolence, une lame de fond de mécontentement et de sourde rage ne gagnât pas non seulement l’opinion publique tunisienne mais aussi le RCD dont les militants ne s’y sont pas engagés pour couvrir ce genre de crimes contre la nation ? Une rage sourde et donc impuissante ? Pas si sur ! De rentrée, la rage commence à s’extérioriser. Et c’est un fait d’une grande signification que nous allons révéler. Il s’agit du premier acte de désobéissance politique des militants contre un oukase de Zine et de sa femme. Celle-ci ayant propulsé l’une des animatrices de son association « caritative »  « Basma », Secrétaire Générale du Comité de Coordination de Ben Arous, les militants de la région se sont dressés comme un seul homme pour récuser cette nomination et sont allés jusqu’à se barricader à l’intérieur du siège du comité en signe de refus résolu d’une telle supercherie et d’une telle insulte à leur dignité de militants ! Et Ben Ali de reculer. Il a surtout peur d’une contagion. Mais ce signifiant fait d’arme ne va pas manquer, à coup sur, de faire tâche d’huile tant le bouillonnement des militants, à travers toute la république, est à son acné.

 

L’appareil sécuritaire Présidentiel qui connaît à la loupe les plus infimes détails des tromperies de la Mafia n’est pas en reste. Constitué, pour l’essentiel, de cadres et d’agents issus du peuple - Ben Ali ne couvrant de privilèges et d’honneurs que les cadres supérieurs, avant de les jeter en pâture - le corps de la police est désormais, lui aussi, traversé de la même lame de fond d’exaspération. Surtout après l’innommable forfaiture qui a conduit Nabil Abid, haut cadre de la sécurité Présidentielle, en prison. De quoi s’agit-il ?

Nabil Abid était jusqu’à sa toute récente mésaventure un des cadres les plus en vue du système sécuritaire présidentiel. Les militants islamistes le connaissent pour être l’un des plus impitoyables tortionnaires. C’est dire qu’il est impliqué jusqu’à la moelle des os dans un système dont la survie conditionne la sienne propre. Et pourtant, il n’avait pas pu réprimer un cri de révolte et de désespérance quand il avait vu Leila Ben Ali clore la campagne officielle du candidat-président avec tous les égards et les honneurs dus à un homme d’Etat alors qu’il savait mieux que quiconque ce qu’est et ce que fait Leila. En plus du fait que sur le plan statutaire et institutionnel elle n’avait aucun titre qui la qualifie à une telle posture étatique. « C’en est fini de la République ! »  s’est-il publiquement exclamé à la clôture du meeting… Et c’en sera fini aussi de sa « brillante» carrière ! Il se retrouvera, quelques jours plus tard, derrière les barreaux avec une charge de corruption sur la base d’un dossier qui aura été entre-temps savamment ficelé ! Un séisme au vrai sens du mot frappera instantanément l’appareil sécuritaire dont les ondes de choc parcourront toutes les strates de l’édifice jusqu’au bas de l’échelle. Hauts cadres, cadres et agents de la sécurité de l’Etat s’étaient sentis du coup insécurisés ! Ce qui est le paradoxe même. Nabil Abid l’intouchable est touché ! Demain ce sera aussi leur tour, quel que soit le zèle dont ils puissent faire preuve au service de Ben ALI. D’autant que le cas Abid est venu s’ajouter à une série d’autres cas similaires dont d’éminents et respectés cadres de la Sécurité de l’Etat auront été les victimes, à commencer par le plus illustre d’entre eux, l’intègre et patriote chef de la sécurité nationale, Mohammed Ali Mahjoubi connu sous le pseudonyme de Chedly Hammi, horriblement brisé pour avoir justement attiré l’attention de Ben Ali -déjà !- sur les agissements de celle qui n’était à cette époque que sa maîtresse !

Et la liste des brisés est impressionnante : Salah Laouani, Tawfik Dimassi, Ezzedine Jnayeh, Jalel Boudrigua, Khemaies Abdelgaffar, tous ont vu leur carrière détruite et leur dignité rabaissée pour avoir voulu être autre chose que des exécutants des basses oeuvres ! L’onde de choc était telle que Ben Ali a été contraint quelques semaines seulement après avoir mis Abid en prison de faire marche arrière, de le libérer et de lui promettre quelques compensations financières et professionnelles mais en dehors du corps de la sécurité.Il est actuellement en poste au Yémen… Le mal est fait toutefois ! Un mal qui s’est, en fait, progressivement densifié au fur et à mesure que Ben Ali multipliait les forfaits, les injustices et les décisions arbitraires et que, surtout, il couvrait les méfaits et les pillages de sa clique dont aucun détail n’échappaient aux agents de la sécurité. C’est la douleur de se sentir assimilés à des boucliers mécaniques d’une mafia qui leur devient de plus en plus insupportable. Et voici que, suprême humiliation, on nomme à la tête de leur Ministère un anonyme petit fonctionnaire dont la seule référence connue avant d’avoir été longtemps conseiller de Ben Ali au Palais de Carthage, ( conseiller en quoi ? Nul ne le sait) président du comité culturel de Béja !!! M. Rafik Bel Haj Kacem, en l’occurrence ! Sans parler de la risée qui a saisi la masse des militants à l’annonce de la nomination de Abdelbaki Hermassi comme Ministre des Affaires Etrangères et pour occuper le fauteuil que Mongi Slim, Habib Bourguiba jr, Mohammed Masmoudi, Habib Chatty en tre autres avaient, avec le brio que l’on sait, honoré avant lui…

Il ne serait pas exagéré d’affirmer que désormais un rapport de défiance semble s’être irrémédiablement installé entre Ben Ali et la Police. Une preuve ? Sait-on que lorsqu’il lui arrive - de plus en plus rarement tant il est habité d’une obsessionnelle peur – de faire un déplacement en dehors du palais de Carthage, Ben Ali exige que l’équipe qui assure sa sécurité à l’aller ne soit pas celle qui le fait au retour ? C’est tout dire de la « confiance » qui le lie désormais à son dispositif sécuritaire, pourtant ultrasophistiqué !

Ce n’est pas uniquement en Asie qu’un tsumani s’est levé, mais un autre tsumani, fait d’indignation, de courroux, d’irritation et de pré révolte, est en train de se lever en Tunisie, des profondeurs des deux bastilles que Ben Ali a cru avoir édifiées de telle sorte qu’elles soient imprenables : le RCD et la POLICE ! Nous y reviendrons.