Confessions d'un terroriste, par John Le Carré

LE MONDE | 18.01.03
L'accès de folie que connaît l'Amérique est, à mes yeux, le pire de tous ceux qui jalonnent son histoire : pire que le maccarthysme, pire que la baie des Cochons, et potentiellement plus catastrophique à long terme que la guerre du Vietnam.

La réaction au 11 septembre 2001 doit dépasser les espoirs les plus fous d'Oussama : comme à l'époque de McCarthy, les droits et les libertés publiques que le monde entier envie à l'Amérique se voient systématiquement grignotés.

La traque des ressortissants étrangers sur le sol américain se poursuit sans fléchir. Les "permis de séjour" d'origine nord-coréenne et moyen-orientale disparaissent dans des prisons secrètes sur des accusations secrètes émises en secret par des juges. Les Palestiniens résidant aux Etats-Unis, jadis déclarés apatrides et donc non extradables, sont aujourd'hui remis à Israël pour "réimplantation" à Gaza et en Cisjordanie, où ils n'avaient peut-être jamais mis les pieds.

La Grande-Bretagne joue-t-elle le même jeu ? C'est fort probable. Une petite trentaine d'années, et nous finirons par avoir le droit de savoir.

Une fois encore, la complaisance des médias américains conjuguée au souci de certains intérêts commerciaux fait qu'un débat qui devrait faire rage sur chaque place de village se trouve relégué dans les colonnes élitistes de la presse de la Côte est : "Voyez le cahier A, page 27, si vous arrivez à la trouver et à la comprendre."


Jamais gouvernement américain n'a si farouchement caché son jeu.
Faut-il que le secret soit bien gardé pour que les services de renseignement eux-mêmes soient dans le noir (rappelez-vous : c'est à ces organisations que nous devons le plus cuisant échec de l'histoire du renseignement : le 11 septembre 2001) !

La guerre qui menace a beau avoir été planifiée des années avant qu'Oussama Ben Laden ait frappé, c'est néanmoins lui qui l'a rendue possible. Sans lui, la junte bushienne en serait encore à tenter de se justifier sur des sujets aussi épineux que le mystère de son élection, pour commencer ; l'affaire Enron ; son favoritisme honteux à l'égard des déjà-trop-riches ; son indifférence irresponsable envers les pauvres du monde entier, l'environnement et une pléiade de traités internationaux abrogés unilatéralement ; sans compter la caution apportée aux incessantes violations des résolutions de l'ONU par Israël.

Mais Oussama a balayé tout cela sous le tapis fort commodément. Les pro-Bush ont le vent en poupe. 88 % des Américains veulent la guerre, paraît-il. Après une nouvelle rallonge de 60 milliards, le budget de la défense américain atteint les 360 milliards de dollars. Une merveilleuse nouvelle génération d'armes nucléaires américaines est en gestation, conçue pour répliquer aux armes nucléaires, chimiques ou biologiques détenues par les "Etats voyous". Donc, nous pouvons tous respirer.

Non contente de décider unilatéralement de qui peut ou non détenir ces armes, l'Amérique s'est adjugé le droit de déployer à son gré ses armes nucléaires, où et quand ses intérêts, ses amis ou ses alliés lui semblent menacés.

Reste à savoir qui ces amis et alliés seront dans les années à venir, et, comme souvent en politique, cela est loin d'être évident. On se fait de gentils amis et alliés, donc on les arme jusqu'aux dents, et puis, un jour, ils cessent d'être des amis et alliés, alors on leur balance une bombe atomique.

Il convient d'avoir à l'esprit la lenteur et la pondération avec lesquelles le gouvernement américain a soupesé l'option de bombarder l'Afghanistan au lendemain du 11 septembre. Heureusement pour nous tous, mais surtout pour les Afghans, dont la complicité dans les attentats était bien moindre que celle du Pakistan, il s'est restreint à 25 000 tonnes de bombes antipersonnel "conventionnelles", qui, au total, n'ont guère fait plus de dégâts qu'une petite bombe atomique, de l'avis général.

Mais, la prochaine fois, ce sera du sérieux.

Cette guerre que disent soutenir 88 % des Américains est de nature beaucoup plus délicate à cerner. Une guerre de quelle durée, je vous prie ? A quel coût en vies américaines ? A quel coût pour le contribuable américain ? A quel coût (car la plupart de ces 88 % d'Américains sont parfaitement respectables et humanistes) en vies irakiennes ? Même s'il s'agit sans doute aujourd'hui d'un secret d'Etat, l'opération "Tempête du désert" a coûté à l'Irak deux fois plus de vies humaines que toute la guerre du Vietnam à l'Amérique.

Que Bush et sa clique aient réussi à détourner la colère des Américains d'Oussama Ben Laden sur Saddam Hussein constitue l'un des plus beaux tours de passepasse de l'histoire de la communication. Succès total. Selon un récent sondage, un Américain sur deux tient aujourd'hui Saddam Hussein pour responsable de l'attentat contre le World Trade Center.

Ainsi manipulée, mais aussi menacée, intimidée, harcelée, maintenue dans un état permanent d'ignorance et de peur, la population américaine s'assujettit aux autorités. Avec un peu de chance, cette névrose savamment orchestrée devrait offrir les prochaines élections sur un plateau à Bush et à ses affidés.

Tous ceux qui ne sont pas avec M. Bush sont contre lui. Pis encore (cf. son discours du 3 janvier), ils sont avec l'ennemi. Ce qui est bizarre, parce que je suis aussi farouchement opposé à Bush qu'impatient de voir tomber Saddam – mais pas selon les conditions et les méthodes de Bush. Et pas sous la bannière d'une hypocrisie aussi éhontée.

Le colonialisme américain à l'ancienne est sur le point de déployer ses ailes d'acier au-dessus de nos têtes. Les "Américains bien tranquilles" infiltrant des communautés sans méfiance sont plus nombreux qu'au plus fort de la guerre froide.

L'aspect le plus écœurant de cette surréaliste guerre annoncée est peut-être la tartuferie religieuse qui enverra les troupes
américaines au combat. Bush a la mainmise sur Dieu.

Et Dieu a des opinions politiques bien précises.

Dieu a confié à l'Amérique le soin de sauver le monde par tout moyen qu'elle jugera bon.

Dieu a fait d'Israël la clef de voûte de la politique américaine au Moyen-Orient, et quiconque y trouve à redire est :

a) antisémite ;

b) antiaméricain ;

c) avec l'ennemi et

d) terroriste.

Dieu a aussi de méchantes relations. En Amérique, où tous les hommes sont égaux à Ses yeux sinon aux yeux les uns des autres, la famille Bush compte un président, un ex-président, un ancien chef de la CIA, le gouverneur actuel de la Floride et l'ancien gouverneur du Texas. Bush senior a quelques bonnes guerres à son actif et la réputation méritée d'avoir frappé les pays satellites désobéissants de la foudre de l'Amérique. Parmi les petites guerres qu'il a lancées de sa propre initiative, celle contre son ancien copain de la CIA, Manuel Noriega du Panama, qui l'avait bien servi pendant la guerre froide mais a fini par prendre la grosse tête.

Voilà ce qu'on appelle le pouvoir à l'état brut, et les Américains le savent.

Quelques indices ?

George W. Bush, 1978-1984 : cadre supérieur dans la société pétrolière Arbusto-Bush Exploration. 1986-1990 : cadre supérieur dans la société pétrolière Harken.

Dick Cheney, 1995-2000 : président-directeur général de la société pétrolière Halliburton.

Condoleezza Rice, 1991-2000 : cadre supérieur dans la société pétrolière Chevron, qui a donné son nom à un pétrolier.

Et cetera.

Mais aucune de ces petites collusions n'entache l'intégrité de l'œuvre de Dieu. On ne plaisante pas avec les vraies valeurs. Et on
sait où vos enfants vont à l'école.

En 1993, l'ancien président George Bush séjournait en libérateur dans l'émirat si démocratique du Koweït pour y collecter les remerciements quand quelqu'un a essayé de l'assassiner. Or, selon la CIA, ce "quelqu'un" était Saddam Hussein. D'où le cri de Bush junior : "Le monsieur, il a voulu tuer mon papa."

Mais cette guerre  n'en est pas pour autant personnelle, non ! Elle est nécessaire, elle constitue l'œuvre de Dieu et elle vise à
apporter la liberté et la démocratie au pauvre peuple irakien opprimé.

Pour devenir un membre acceptable de l'équipe Bush, il faut aussi croire au Bien absolu et au Mal absolu, apparemment, et Bush, efficacement secondé par ses amis, sa famille et Dieu, est là pour nous aider à distinguer l'un de l'autre. (Il me semble d'ailleurs que c'est Mal d'avoir écrit cette remarque, mais il faudrait que je vérifie.)

Ce que Bush se refuse à nous dire, en revanche, c'est la véritable raison pour laquelle nous partons en guerre. L'enjeu n'est pas l'Axe du mal, c'est le pétrole, l'argent et des vies humaines. Saddam, pour son malheur, est assis sur le deuxième plus grand champ pétrolifère du monde. Son voisin l'Iran posséderait les plus grandes réserves mondiales de gaz naturel. Or, Bush veut mettre la main sur les deux, et ceux qui l'y aideront recevront leur part du gâteau. Pas les autres.

Si Saddam n'avait pas de pétrole, il pourrait torturer et assassiner ses compatriotes à sa guise. D'autres dirigeants le font tous les jours (pensez à la Turquie, à la Syrie, à l'Egypte, au Pakistan), mais eux sont nos amis et alliés.

Je soupçonne fort que Bagdad ne représente en fait aucun "danger immédiat" pour ses voisins, et encore moins pour l'Amérique et la Grande-Bretagne. Les armes de destruction massive, si Saddam en possède encore, ne feront pas le poids face aux jolis joujoux qu'Israël ou l'Amérique peuvent lui expédier en moins de cinq minutes.

L'enjeu n'est pas une menace militaire ou terroriste imminente, mais l'impératif économique de la croissance américaine.

L'enjeu est le besoin qu'éprouve l'Amérique de faire la démonstration de sa suprême puissance militaire à nous tous – à l'Europe, la Russie et la Chine, à la pauvre petite Corée du Nord prise de folie et au Moyen-Orient –, le besoin de montrer qui gouverne l'Amérique au pays et qui doit être gouverné par l'Amérique à l'étranger.

L'analyse la plus charitable du rôle joué par Tony Blair dans toute cette histoire est qu'il ait cru pouvoir chevaucher le tigre à seule fin de le manœuvrer. Peine perdue. Au lieu de cela, il lui a donné une légitimité factice et une voix douce. Et je crains que ce même tigre ne l'ait désormais acculé dans un coin pour de bon. Ironie du sort, George W. lui-même se sent peut-être un petit peu dans la même situation.

Dans la Grande-Bretagne à parti unique, Blair a été élu aux plus hautes fonctions de l'Etat par environ un quart de l'électorat en
raison d'une participation médiocre. A supposer la même apathie citoyenne et la même prestation lamentable des partis d'opposition aux prochaines élections, Blair ou son successeur obtiendront de nouveau le pouvoir absolu avec une proportion encore plus faible des inscrits.

Summum du ridicule : alors même que le discours de Blair l'a envoyé dans les cordes, aucun des deux leaders de l'opposition britannique ne peut lui porter le moindre coup. C'est là le drame de la Grande-Bretagne autant que celui de l'Amérique : le gouvernement saborde sa crédibilité à force de mensonges et de boniments, la prétendue alternance parlementaire se contente de briguer sa casquette, et les électeurs, eux, leur tournent tout simplement le dos. Les politiciens sont incapables d'admettre que nous ne sommes pas dupes.

En Grande-Bretagne, la question n'est donc pas de savoir quel parti formera un gouvernement après le désastre qui s'annonce, mais qui en sera le chef.

Pour Blair, point de survie politique possible hors une mobilisation internationale et un sursaut improbable de l'ONU à la dernière minute qui forceraient Bush à rengainer sans coup férir. Mais qu'arrivera-t-il si le plus grand cow-boy du monde rentre bredouille, sans la tête du tyran ?

La pire hypothèse pour Blair serait que, avec ou sans l'ONU, il nous entraîne dans une guerre qui aurait pu être évitée, si tant est que la volonté de négocier sérieusement ait jamais existé – une guerre qui n'a pas plus fait l'objet d'un débat démocratique en Grande-Bretagne qu'en Amérique.

Ce faisant, Blair aura contribué à provoquer des représailles d'une ampleur imprévisible, de profondes dissensions en Angleterre et des troubles dans tout le Moyen-Orient, mais il aura aussi détérioré pour des décennies à venir nos relations avec l'Union européenne et le Moyen-Orient. Vive la politique étrangère éthique !

Il y a bien une solution intermédiaire, mais elle n'est pas facile : Bush fonce sans l'approbation de l'ONU et Blair reste au vestiaire. Et là, adieu la "relation spéciale" !

Les remugles de pharisaïsme qui empestent l'Amérique ne sont pas sans rappeler les plus tristes heures de l'Empire britannique, et j'ai honte quand j'entends mon premier ministre justifier par d'onctueux sophismes de premier de la classe une expédition ouvertement colonialiste.

Si cette guerre se déclare, nous la mènerons dans le but de protéger la feuille de vigne de notre relation spéciale avec l'Amérique et de récupérer notre part du gâteau pétrolier, mais aussi parce que, après toutes ces démonstrations publiques d'affection à Washington et Camp David, Blair ne peut pas se défiler devant l'autel.

"Mais Papa, est-ce qu'on va gagner ?

– Bien sûr, mon enfant. Ce sera fini avant même que tu te réveilles.

– Pourquoi ?

– Parce que, sinon, ça va énerver les électeurs de M. Bush et ils risqueraient de ne pas voter pour lui, finalement.

– Mais est-ce qu'il y aura des morts, Papa ?

– Personne que tu connaisses, mon chéri. Rien que des étrangers.

– Je pourrai tout regarder à la télévision ?

– Seulement si M. Bush est d'accord.

– Et après, tout redeviendra normal ? Personne ne fera plus jamais de choses horribles ?

– Chut, mon enfant. Dors."

Vendredi dernier en Californie, un de mes amis américains s'est rendu en voiture au supermarché du coin, avec sur son pare-chocs un autocollant qui disait : "La paix, c'est patriotique aussi". Le temps qu'il ait fait ses courses, l'autocollant avait été arraché.

Traduit de l'anglais par

Isabelle Perrin

©David Cornwell 2003.


John Le Carré est écrivain.
Ce texte est la version augmentée d'une intervention dans le débat sur la crise irakienne publiée sur le site d'openDemocracy :
www.opendemocracy.net


A PREDATORY AND DISHONEST WAR
http://www.opendemocracy.net
This is High Noon for American democracy. The rights and freedoms that have made America the envy of the world are being systematically eroded. A new McCarthyism is abroad. Bush tells us that those who are not with him are against him. I am not with him.

The American over-reaction is beyond everything Osama could have hoped for in his nastiest dreams. But this war was planned long before Osama struck, and it is Osama who made it possible. Without him, the Bush junta would have been mired in Enron, electoral scandal and taxation sleeze. Thanks to Osama, Americans are instead being daily misled by their leaders and by their compliant corporate media.

There is a stink of religious self-righteousness in the air that reminds me of the British Empire at its worst. I cringe when I hear my Prime Minister lend his head prefect’s sophistries to this patently self-interested adventure to secure our oil supplies.


“But will we win, Daddy?”
“Of course we will, child, and quickly, while you are still in bed.”
“But will people be killed, Daddy?”
“There will be a few Western casualties. Very few. Go to sleep.”
“And after that, will everything be normal? Nobody will strike back?
The terrorists will all be dead?”
“Wait till you’re older, dear. Goodnight.”
“And is it really true that last time round Iraq lost twice as many
dead as America lost in the entire Vietnam war?”
“Hush child. That’s called history.”
Where’s the hurry? Iraq is a vile dictatorship, and Saddam is a monster who sits on the world’s second largest oil reserves. But there is ample time to consider how to unseat him before we plunge into this predatory and dishonest war. Leave the UN inspectors there. Convene Iraq’s neighbours. And consider for a moment where the will came from to make this war in the first place.

Americans can still awake to the shame of what is being done in their name.

Britain is half way there. The French and Russians have been bribed and browbeaten into submission. Only the good Germans have so far succeeded in sticking to their silent guns. I wish profoundly that the rest of us Europeans, in the spirit of a nobler President, would declare ourselves to be citizens of Berlin.

©John le Carré 2003

The United States of America has gone mad
By John le Carré

January 15, 2003

From: http://www.timesonline.co.uk/article/0,,482-543296,00.html


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America has entered one of its periods of historical madness, but this is the worst I can remember: worse than McCarthyism, worse than the Bay of Pigs and in the long term potentially more disastrous than the Vietnam War.

The reaction to 9/11 is beyond anything Osama bin Laden could have hoped for in his nastiest dreams. As in McCarthy times, the freedoms that have made America the envy of the world are being systematically eroded. The combination of compliant US media and vested corporate interests is once more ensuring that a debate that should be ringing out in every town square is confined to the loftier columns of the East Coast press.

The imminent war was planned years before bin Laden struck, but it was he who made it possible. Without bin Laden, the Bush junta would still be trying to explain such tricky matters as how it came to be elected in the first place; Enron; its shameless favouring of the already-too-rich; its reckless disregard for the world’s poor, the ecology and a raft of unilaterally abrogated international treaties. They might also have to be telling us why they support Israel in its continuing disregard for UN resolutions.

But bin Laden conveniently swept all that under the carpet. The Bushies are riding high. Now 88 per cent of Americans want the war, we are told. The US defence budget has been raised by another $60 billion to around $360 billion. A splendid new generation of nuclear weapons is in the pipeline, so we can all breathe easy. Quite what war 88 per cent of Americans think they are supporting is a lot less clear. A war for how long, please? At what cost in American lives? At what cost to the American taxpayer’s pocket? At what cost — because most of those 88 per cent are thoroughly decent and humane people — in Iraqi lives?

How Bush and his junta succeeded in deflecting America’s anger from bin Laden to Saddam Hussein is one of the great public relations conjuring tricks of history. But they swung it. A recent poll tells us that one in two Americans now believe Saddam was responsible for the attack on the World Trade Centre. But the American public is not merely being misled. It is being browbeaten and kept in a state of ignorance and fear. The carefully orchestrated neurosis should carry Bush and his fellow conspirators nicely into the next election.

Those who are not with Mr Bush are against him. Worse, they are with the enemy. Which is odd, because I’m dead against Bush, but I would love to see Saddam’s downfall — just not on Bush’s terms and not by his methods. And not under the banner of such outrageous hypocrisy.

The religious cant that will send American troops into battle is perhaps the most sickening aspect of this surreal war-to-be. Bush has an arm-lock on God. And God has very particular political opinions. God appointed America to save the world in any way that suits America. God appointed Israel to be the nexus of America’s Middle Eastern policy, and anyone who wants to mess with that idea is a) anti-Semitic, b) anti-American, c) with the enemy, and d) a terrorist.

God also has pretty scary connections. In America, where all men are equal in His sight, if not in one another’s, the Bush family numbers one President, one ex-President, one ex-head of the CIA, the Governor of Florida and the ex-Governor of Texas.

Care for a few pointers? George W. Bush, 1978-84: senior executive, Arbusto Energy/Bush Exploration, an oil company; 1986-90: senior executive of the Harken oil company. Dick Cheney, 1995-2000: chief executive of the Halliburton oil company. Condoleezza Rice, 1991-2000: senior executive with the Chevron oil company, which named an oil tanker after her. And so on. But none of these trifling associations affects the integrity of God’s work.

In 1993, while ex-President George Bush was visiting the ever-democratic Kingdom of Kuwait to receive thanks for liberating
them, somebody tried to kill him. The CIA believes that “somebody” was Saddam. Hence Bush Jr’s cry: “That man tried to kill my Daddy.”
But it’s still not personal, this war. It’s still necessary. It’s still God’s work. It’s still about bringing freedom and democracy to
oppressed Iraqi people.

To be a member of the team you must also believe in Absolute Good and Absolute Evil, and Bush, with a lot of help from his friends, family and God, is there to tell us which is which. What Bush won’t tell us is the truth about why we’re going to war. What is at stake is not an Axis of Evil — but oil, money and people’s lives. Saddam’s misfortune is to sit on the second biggest oilfield in the world. Bush wants it, and who helps him get it will receive a piece of the cake. And who doesn’t, won’t.

If Saddam didn’t have the oil, he could torture his citizens to his heart’s content. Other leaders do it every day — think Saudi Arabia, think Pakistan, think Turkey, think Syria, think Egypt.

Baghdad represents no clear and present danger to its neighbours, and none to the US or Britain. Saddam’s weapons of mass destruction, if he’s still got them, will be peanuts by comparison with the stuff Israel or America could hurl at him at five minutes’ notice. What is at stake is not an imminent military or terrorist threat, but the economic imperative of US growth. What is at stake is America’s need to demonstrate its military power to all of us — to Europe and Russia and China, and poor mad little North Korea, as well as the Middle East; to show who rules America at home, and who is to be ruled by America abroad.

The most charitable interpretation of Tony Blair’s part in all this is that he believed that, by riding the tiger, he could steer it. He
can’t. Instead, he gave it a phoney legitimacy, and a smooth voice. Now I fear, the same tiger has him penned into a corner, and he can’t get out.

It is utterly laughable that, at a time when Blair has talked himself against the ropes, neither of Britain’s opposition leaders can lay a glove on him. But that’s Britain’s tragedy, as it is America’s: as our Governments spin, lie and lose their credibility, the electorate simply shrugs and looks the other way. Blair’s best chance of personal survival must be that, at the eleventh hour, world protest and an improbably emboldened UN will force Bush to put his gun back in his holster unfired. But what happens when the world’s greatest cowboy rides back into town without a tyrant’s head to wave at the boys?

Blair’s worst chance is that, with or without the UN, he will drag us into a war that, if the will to negotiate energetically had ever been there, could have been avoided; a war that has been no more democratically debated in Britain than it has in America or at the UN. By doing so, Blair will have set back our relations with Europe and the Middle East for decades to come. He will have helped to provoke unforeseeable retaliation, great domestic unrest, and regional chaos in the Middle East. Welcome to the party of the ethical foreign policy.

There is a middle way, but it’s a tough one: Bush dives in without UN approval and Blair stays on the bank. Goodbye to the special relationship.

I cringe when I hear my Prime Minister lend his head prefect’s sophistries to this colonialist adventure. His very real anxieties
about terror are shared by all sane men. What he can’t explain is how he reconciles a global assault on al-Qaeda with a territorial assault on Iraq. We are in this war, if it takes place, to secure the fig leaf of our special relationship, to grab our share of the oil pot, and because, after all the public hand-holding in Washington and Camp David, Blair has to show up at the altar.

“But will we win, Daddy?”

“Of course, child. It will all be over while you’re still in bed.”

“Why?”

“Because otherwise Mr Bush’s voters will get terribly impatient and may decide not to vote for him.”

“But will people be killed, Daddy?”

“Nobody you know, darling. Just foreign people.”

“Can I watch it on television?”

“Only if Mr Bush says you can.”

“And afterwards, will everything be normal again? Nobody will do anything horrid any more?”

“Hush child, and go to sleep.”

Last Friday a friend of mine in California drove to his local supermarket with a sticker on his car saying: “Peace is also
Patriotic”. It was gone by the time he’d finished shopping.