Le Monde

 

 

Mobilisation record à Florence
Dimanche 10 novembre 2002
(LEMONDE.FR)

 
 

Des centaines de milliers d'antimondialistes ont manifesté leur opposition à une guerre contre l'Irak samedi à Florence, dans le centre de l'Italie, au lendemain de l'adoption à l'ONU d'une nouvelle résolution contre Bagdad.

Cette manifestation, organisée par le Forum social européen, a réuni entre 450 000 et un million de personnes, selon les chiffres de la police ou des organisateurs.

L'ampleur de la manifestation dépasse, et de loin, les attentes des organisateurs. Ils avaient d'abord annoncé attendre 150 000 puis 200 000 personnes avant de tabler sur 300 000, chiffre équivalent à celui de la marche organisée par le mouvement "no global" lors du sommet du G8 en juillet 2001 à Gênes.

Des heurts violents avaient alors opposé contestataires et policiers faisant un mort et des centaines de blessés parmi les manifestants.

"Non à la guerre" : une grande banderole déployée en tête du cortège a résumé samedi l'opinion des antimondialistes, pour la plupart issus de la gauche alternative.

Le slogan a été repris dans toutes les langues au sein de la manifestation dont la queue n'avait toujours pas quitté la forteresse de Basso en début de soirée.

Pour les manifestants pacifistes, comme pour une partie de la presse italienne, la résolution 1441 de l'ONU ouvre la voie à une "guerre préventive" contre l'Irak.

Dans la foule, les mots guerre et paix étaient sur toutes les lèvres reléguant au second plan des thèmes du forum comme ceux d'une "autre économie" ou d'une "autre Europe" mais aussi le racisme, le sort de la Palestine où le chômage avec pour symbole une imposante délégation "des Fiat", le groupe automobile italien en crise.

Le défilé, qui est passé à l'écart des monuments du centre historique de la capitale toscane, s'est déroulé dans une ambiance festive malgré le froid. Aucun incident n'avait été signalé à la tombée de la nuit.

Un an après, le mouvement antimondialisation a tiré les leçons de Gênes. Il cherche à s'organiser et à coordonner ses composantes catholiques, communistes et autres. Témoin de ce nouvel état d'esprit, il s'était doté pour la marche d'un service d'ordre prêté par la CGIL, le premier syndicat italien.

A la gare centrale de Florence, les trains ont déversé jusqu'en fin d'après midi leurs flots de pacifistes, jeunes et Italiens dans leur très grande majorité.

Ils ont croisé sur leur chemin d'autres manifestants venus de Grèce, d'Espagne, de France, de Grande Bretagne, dont certains avaient cherché refuge dans les bars pour se réchauffer.

La police a assuré une surveillance discrète. Plus de 4 000 hommes avaient été déployés et des policiers avaient pris position à chaque coin de rue menant vers le centre historique. Un hélicoptère survolait les abords du stade de Florence, point d'arrivée de la manifestation.

En plein coeur de la ville, aux abords de la cathédrale, rares étaient les commerçants qui avaient fait le pari de rester ouverts malgré les "risques" évoqués à plusieurs reprises par le gouvernement.

Les quelques magasins ouverts ont fait des affaires en or en dépit du manque de touristes, donnant à Florence un air inhabituel.

La ville avait maintenu l'ouverture des musées et ses édiles se sont félicité de la réussite de la marche. Elle a infligé, selon eux, un démenti cinglant aux alarmistes.

Les magasins qui ont préféré fermer, voire murer leur vitrine derrière des palissades, ont écopé d'un blâme sous la forme d'une affichette collée sur la devanture sur laquelle on pouvait lire : "Who thinks badly, acts badly" (Qui pense mal, agit mal).

La manifestation devait trouver son prolongement tard dans la nuit lors d'un concert dans le stade donné par des vedettes italiennes de la chanson.

LES AUTORITÉS ITALIENNES SOULAGÉES

 

Pour les autorités italiennes, le mouvement antimondialisation, accusé de flirter avec la violence, a marqué un point samedi à Florence en Italie, en réussissant à manifester en grand nombre et sans incident contre la guerre, ont estimé les autorités locales. "Cela a été une belle journée et jusqu'à présent tout s'est bien passé", a commenté en fin d'après-midi le maire de Florence, Leonardo Domenici, à une télévision italienne.

"Les organisateurs, les jeunes venus de toute l'Europe, les Florentins, tout le monde a gagné", a ajouté M. Domenici. "Il faut rendre justice à ce mouvement et aux autorités qui les ont accueillis. Il faut saluer aussi les Florentins qui n'ont pas cédé à la peur", a déclaré pour sa part Claudio Martini, le président de la Région Toscane.

Les deux élus sont membres des Démocrates de gauche (DS, opposition à Silvio Berlusconi) et ils avaient été accusés du pire pour avoir ouvert la ville aux "no global". "J'aimerais qu'on relise tout ce qui a été écrit ces dernières semaines et qu'on demande pardon", a ajouté M. Martini, en remerciant les commerçants qui ont eu le courage de rester ouverts et en estimant que c'était un grand jour pour la démocratie. "Je vois des signes positifs pour le dialogue entre le mouvement et les institutions", a-t-il dit. Les grandes manifestations antimondialisation organisées durant le G8 de Gênes (nord) en juillet 2001 avaient dégénéré.

Il y avait eu de la casse et un mort parmi les manifestants dans des heurts avec les forces de l'ordre. Un an plus tard, la manifestation anniversaire de Gênes s'était déroulée sans le moindre incident. Le gouvernement de Silvio Berlusconi aurait néanmoins préféré que Florence, ville berceau de la Renaissance, n'accueille pas le Forum social et ses manifestants par peur des dégradations.

Le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi a également salué samedi le déroulement pacifique de la marche contre la guerre organisée à Florence (nord de l'Italie) et remercié les forces de l'ordre pour leur action. "Le gouvernement, dans des conditions difficiles, a garanti le principe constitutionnel de la liberté de manifestation, et les participants au Forum social ont répondu en défilant de manière pacifique", a déclaré M. Berlusconi à l'issue de la marche. "Je remercie de tout coeur les forces de l'ordre qui ont agi avec une grande responsabilité et professionnalisme, et le ministre de l'intérieur Giuseppe Pisanu.

Avec AFP