Colin Powell confirme son désaccord avec les partisans d'une action militaire rapide contre Bagdad Lundi 2 septembre 2002 (LE MONDE) Le secrétaire d'Etat américain plaide pour le retour des inspecteurs de l'ONU en Irak, parce que "le monde a besoin d'informations" et qu'"un débat est nécessaire dans la communauté internationale" |
| Washington
de notre correspondant En plein week-end du Labor Day (la Fête du travail), avant que le président George Bush et le Congrès ne reprennent leurs activités, mardi 3 septembre, le conflit qui divise l'exécutif américain au sujet de l'Irak est devenu public. La chaîne de télévision britannique BBC a diffusé, dimanche, un extrait d'un entretien avec le secrétaire d'Etat, Colin Powell, enregistré pour une émission programmée le 8 septembre. M. Powell y plaide pour le retour des inspecteurs de l'ONU en Irak, alors qu'à deux reprises, le 26 et le 29 août, le vice-président, Richard Cheney a déclaré que ce retour permettrait seulement à Saddam Hussein de gagner du temps. "Le président a indiqué clairement qu'il pensait que les inspecteurs devraient retourner -en Irak-, a déclaré M. Powell à la BBC. L'Irak a violé de nombreuses résolutions de l'ONU au cours des onze dernières années. Aussi, comme première étape, voyons ce que les inspecteurs trouveront ! Renvoyons-les là-bas ! Pourquoi sont-ils empêchés d'y revenir ?" Dans le discours qu'il a prononcé à Nashville (Tennessee), le 26 août, et répété à l'identique, trois jours plus tard, à San Antonio (Texas), à chaque fois devant des anciens combattants, M. Cheney a récusé, au contraire, le renvoi des inspecteurs. Le vice-président a observé qu'en 1995 un responsable irakien ayant changé de camp avait révélé des sites de fabrication d'armes chimiques alors en activité que les inspecteurs de l'ONU, présents dans le pays, n'avaient pas soupçonnés. "Un retour des inspecteurs ne fournirait aucune espèce de garantie que -Saddam Hussein- obéit aux résolutions de l'ONU. Au contraire, il y a grand danger que -ce retour- ne produise l'assurance trompeuse que Saddam serait, en quelque sorte, revenu dans sa boîte." Selon M. Cheney, ce que le dictateur irakien recherche, c&! #39;est "davantage de temps pour rassembler ses ressources". Les propos de M. Powell confirment son désaccord avec les partisans d'une action militaire rapide contre le régime irakien, mais ils montrent, aussi, les limites de ce désaccord. Le secrétaire d'Etat ajoute d'ailleurs, dans son entretien avec la BBC, des propos parallèles à ceux de M. Cheney. "Nous ne devrions pas attendre des inspections, en elles-mêmes et par elles-mêmes, le genre de garantie que l'on peut placer à la banque", dit-il, mais il explique que "le monde a besoin d'informations et de renseignements" et qu'"un débat est nécessaire, dans la communauté internationale, afin que chacun puisse se faire une opinion". La demande de retour des inspecteurs doit faire progresser à la fois, selon M. Powell, l'évaluation des intentions de Saddam Hussein et la perception, chez les alliés et partenaires des Etats-Unis, du danger qu'il représente. Le débat, aux Etats-Unis, ne porte pas sur la nécessité d'agir contre Saddam Hussein, mais sur la manière et le moment de le faire. Certains pensent que le dirigeant irakien a pour unique souci de se maintenir au pouvoir et qu'il ne fera rien qui puisse justifier une intervention militaire contre lui, mais cette thèse est marginale. Les deux camps qui s'affrontent, au sein du Parti républicain et de l'administration, portent le même jugement sur l'Irak. "ALLER DEVANT LE CONGRÈS" Cependant, l'un, estimant que Saddam Hussein travaille à accroître un arsenal d'armes dévastatrices, veut mettre fin à son règne le plus vite possible. Emmené par M. Cheney et par le secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld, ce camp-là cherche à faire prévaloir l'idée que les Etats-Unis ne doivent pas se plier aux exigences de l'Europe, de la Russie, du monde arabe ou de qui que ce soit d'autre lorsque sont en jeu leur sécurité, leurs intérêts vitaux ou leur mission historique. L'autre camp s'inquiète des dangers d'une action précipitée. "Si nous envahissons l'Irak unilatéralement, sans alliés, où cela nous mènera-t-il ?", demandait, dimanche, sur CNN, un sénateur républicain du Nebraska, Chuck Hagel, considéré comme proche de M. Powell et, comme lui, ancien combattant du Vietnam. "Qui gouverne après Saddam ? Avons-nous mesuré les conséquences ?", ajoutait M. Hagel. Ancien rival de M. Bush pour la candidature républicaine en 2000, John McCain, sénateur de l'Arizona, écrit dans Time (daté 9 septembre) que le président doit aller devant le Congrès pour obtenir le soutien des Américains "et -leur- permettre de mieux comprendre les raisons qui guident ses décisions". Patrick Jarreau Le soutien de l'opinion à "une opération au sol" faiblit
Le soutien de l'opinion américaine à une intervention militaire en Irak a fortement diminué à mesure que se développait le débat aux Etats-Unis. Un sondage commandé par l'hebdomadaire Time et la chaîne de télévision CNN, publié le 30 août, montre que seulement 51 % des Américains se déclarent aujourd'hui favorables à "une action militaire avec des troupes au sol pour chasser Saddam Hussein du pouvoir". Une telle initiative est rejetée par 40 % des personnes interrogées, 9 % d'entre elles n'ayant pas d'opinion. En décembre 2001, 73 % des Américains se disaient favorables à une offensive militaire contre le régime irakien. La grande majorité (65 %) estime que les Etats-Unis seraient moralement fondés à agir militairement contre Saddam Hussein, et 68 % des personnes interrogées pensent que le président George W. Bush devrait pouvoir décider de le faire sans l'autorisation du Congrès. Cependant, les Américains s'attendent, en cas de guerre en Irak, à une augmentation du prix du pétrole (88 %), à des attentats aux Etats-Unis (77 %), à des troubles au Proche-Orient (74 %) et à une récession économique (55 %). - (Corresp.)
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