Le Monde

 
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Porto Alegre s'ouvre par la dénonciation d'une guerre en Irak
Jeudi 23 janvier 2003
(LE MONDE)

Le troisième Forum social mondial, qui se tient au Brésil du 23 au 28 janvier, accueille plus de cent mille militants de l'"altermondialisation". "Contre le néolibéralisme et la guerre" sera le thème principal de cette manifestation, dont le succès éclipse le sommet économique de Davos, en Suisse.
 
 
Porto alegre de nos envoyés spéciaux

Cent mille personnes sont attendues à Porto Alegre, du jeudi 23 au 28 janvier, pour participer à la troisième édition du Forum social mondial (FSM), dont l'ouverture devait être célébrée, jeudi 23 en fin de journée, par une imposante marche "contre le néolibéralisme et la guerre". Ce sont deux des thèmes centraux des quatre jours de débats organisés dans la capitale du Rio Grande do Sul, et qui débuteront par une conférence, vendredi, "contre la militarisation et la guerre".

Le Forum social mondial est un vaste lieu d'échanges, où se retrouvent des organisations non gouvernementales (ONG), des mouvements sociaux et des syndicats, réunies par la conviction qu'"un autre monde est possible" — d'où le concept développé d'"altermondialisation". Véritable foire aux idées, il a connu, depuis sa création, en 2001, un succès croissant, quasi exponentiel, qui viendrait presque à effrayer, autant qu'à ravir, ses promoteurs, tant il commence à poser de sérieux problèmes de logistique et de maîtrise : 20 000 participants en 2001, 50 000 en 2002, le double attendu en 2003.

Ainsi compte-t-on cette année 4962 organisations inscrites (121 pays représentés), près de 30 000 délégués de ces mouvements, 1710 ateliers ou séminaires de partage d'expériences et de réflexion. En 2002, 700 ateliers avaient été organisés.

Evénement de masse, piloté par huit solides mouvements sociaux brésiliens, et créé à l'origine en opposition au Forum économique rassemblant la communauté des "décideurs" mondiaux, à Davos, le Forum social connaîtra un temps fort particulier : le président du Brésil Luis Inacio Lula da Silva a fait savoir, au risque de faire grincer bien des dents, qu'il se rendrait tant à Porto Alegre, le 24, qu'à Davos, avant d'effectuer une tournée à Berlin et Paris.

Alors qu'il n'était encore que le chef historique et le candidat du Parti des travailleurs (PT) en campagne pour sa quatrième élection présidentielle consécutive, Lula avait été l'incarnation de cet "autre monde possible"célébré à lors des deux premières éditions. En décidant de se rendre à Davos après son bref passage dans la capitale du Rio Grande do Sul, le président brésilien prend-il maintenant le risque, comme le martèlent les nombreux détracteurs de sa participation au Forum économique, de "ressusciter un cadavre" ?

Pour le sociologue portugais Boaventura de Sousa Santos, engagé dans la création du Forum social, le président brésilien est "le visage visible de la souffrance humaine causée par le modèle économique" symbolisé par la réunion annuelle de Davos. "Se trouver face à face, dit-il, avec les représentants du néolibéralisme peut être un moment réellement magique d'une nouvelle conscience mondiale. Lula doit leur montrer qu'il est créancier du système économique en vigueur. Car ce système d'exclusion lui doit le fait qu'il a été élu démocratiquement et pacifiquement, et qu'il a formé un gouvernement qui entend procéder à des transformations lentes sans provoquer de chaos".

Mais si les langues, au sujet de cette double visite inédite, se sont parfois publiquement déliées, nul n'a cependant évoqué directement le sujet, semble-t-il, lors des deux journées de réunion du Conseil international du FSM, les 21 et 22 janvier. L'organe de pilotage, plus d'une centaine de personnes, au centre desquelles le comité organisateur brésilien, s'est tout entier concentré sur le devenir d'un "processus" en pleine expansion, dont la croissance pourrait s'avérer problématique. "Peut-on croître à l'infini ?, s'interroge ainsi Roberto Savio, membre du conseil international. Cela finit par poser un problème financier et donc d'indépendance".

D'une part, il a été entériné l'idée que le Forum social mondial, d'essence brésilienne, devait s'internationaliser. L'édition 2004 devrait être organisée en Inde, à Delhi. Un forum régional a rassemblé, début janvier, 20 000 personnes à Hyderabad. Le Forum social mondial reviendrait alors à son berceau natal, Porto Alegre, en 2005. Une telle parenthèse, observe-t-on, permettrait aussi de soustraire momentanément le Forum aux soubresauts éventuels de la politique intérieure brésilienne.

TEMPS FORT

D'autre part, il a été décidé que le Forum social serait dorénavant déconnecté de la grande réunion de Davos. Les organisateurs souhaitent resserrer l'activité du mouvement, jugée trop éparpillée, autour notamment d'une "mémoire" qui lui fait actuellement défaut. "Il nous faut travailler plus en profondeur sur la base de ce qui a déjà été amené par les précédents forums", explique l'ancien président d'Attac, Bernard Cassen, membre du conseil international. Le Forum social pourrait, dans le même temps, promouvoir la tenue, au niveau mondial, d'un temps fort, au moment de Davos : une grande marche, capable, en tout point du globe, de mobiliser "contre le néolibéralisme, contre la guerre et pour un monde meilleur".

Enfin, les promoteurs du FSM rappellent leur attachement à la spécificité du Forum qui est "processus" et non une instance représentative. Ce "processus" empêche par nature toute prise de position en son nom. Ainsi, si une déclaration commune devait être prononcée à la fin du rassemblement, notamment sur une guerre contre l'Irak, elle ne pourrait l'être comme les éditions précédentes, qu'en marge de celui-ci.

Un cadre s'y prête. Celui, au sein du Forum social, de l'Assemblée plénière des mouvements sociaux. Elle regroupe certaines des principales composantes du Mouvement des mouvements (notamment la Centrale unique des travailleurs – CUT, brésilienne —, le Mouvement des sans-terre, Attac, Focus on the Global South, la Marche mondiale des femmes).

Jean-Michel Dumay et Jean-Jacques Sévilla


Cinq axes thématiques

 

Les centaines de conférences, tables rondes, ateliers, séminaires, tables dites "de controverse" qui doivent nourrir les débats et la réflexion du troisième Forum social mondial sont articulés autour de cinq axes thématiques : développement démocratique et durable ; principes et valeurs, droits de la personne, diversité et égalité ; médias, culture et contre-hégémonie ; pouvoir politique, société civile et démocratie ; ordre mondial démocratique, lutte contre la militarisation et pour la paix. Outre les locaux de l'Université catholique de Porto Alegre, qui peuvent accueillir 60 000 personnes, un gymnase d'une capacité de 15 000 places a été aménagé pour l'organisation des conférences, ainsi que d'anciens docks et de grandes tentes amovibles. Un système d'hébergement "! solidaire" a été mis en place pour pallier les insuffisances de la capacité hôtelière de la ville (15 000 lits). Le Campement de la jeunesse a été prévu pour accueillir jusqu'à 30 000 personnes.

 

 


 



 

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