"Menace ou
propagande ?" Par cette interrogation, qui n'en est pas
tout à fait une au vu de la précision de ses informations, la
revue spécialisée Air et cosmos ouvre le dossier de la
nouvelle arme secrète que les Américains pourraient larguer sur
l'Irak. Cette arme, c'est la bombe E (pour électromagnétique).
A chaque guerre, une arme nouvelle. En 1991, les Etats-Unis
lancèrent en Irak, sur la route de Bassorah, la bombe qui brûle
l'oxygène et qui tua, en les asphyxiant, tous ceux qui y
circulaient. En 1999, au Kosovo, les Américains ont largué des
bombes au graphite, provoquant des courts-circuits et plongeant
les villes dans le noir. Bernard Bombeau et Serge Brossolin
estiment que, contre l'Irak "la réalité rejoint la fiction",
car "l'arme à micro-ondes de forte puissance, la fameuse
bombe E, figure désormais dans le dispositif militaire
américain". Frappée du sceau "secret-défense", cette arme est
adaptée à la stratégie américaine de "frappe préventive" parce
que, employée d'entrée de jeu et sans crier gare, elle
privilégie "la destruction massive du potentiel électronique par
émission d'une puissante impulsion électromagnétiq! ue d'origine
non nucléaire".
Ce qui signifie que la bombe E se veut le chaînon manquant
entre une munition classique et une arme nucléaire, dont elle a
les résultats dévastateurs, sans avoir l'inconvénient de dégager
les effets de souffle et de chaleur caractéristiques. "L'Irak
est dans la ligne de mire"de l'arme à micro-ondes de forte
puissance ou à hyperfréquences, comme on voudra bien l'appeler.
"C'est le début d'une ère nouvelle", selon la revue,
avec ses applications contre les personnes et les matériels
sur le champ de bataille.
AVEUGLE, SOURD ET MUET
"Ces armes invisibles sont terrifiantes par la capacité de
modulation de puissance de l'effet électromagnétique demandé
selon la nature de la cible à traiter." Elles peuvent en
effet brouiller et détruire l'ensemble des systèmes
électroniques (ordinateurs et calculateurs d'une défense,
réseaux de communication, commandes de vol des avions civils et
militaires, autodirecteurs des missiles...) et rendre ainsi
l'adversaire aveugle, sourd et muet. Sauf s'il a pris soin de
"durcir", c'est-à-dire de protéger, ses infrastructures.
A l'encontre des êtres vivants, la bombe E agit comme "un
four à micro-ondes" qui serait superpuissant. Autrement dit,
"elle entraîne l'agitation des molécules d'eau" qui
composent les cellules humaines, provoquant une élévation de
température, au-delà de 45 à 40 degrés, et un effet de cuisson,
avec tous les risques de brûlure qui s'ensuivraient, en
pénétrant sous et dans la peau. Un prototype de véhicule porteur
de l'arme, le WMADS (Vehicle Mounted Active Denial System), du
modèle Humvee (la nouvelle jeep de l'armée américaine) a été
conçu par le groupe Raytheon, "l'inventeur du four à
micro-ondes".
Air et cosmos croit savoir que "cette arme du troisième
millénaire", qui fait peser sur Bagdad "un avenir
insondable", peut être acheminée par des véhicules
terrestres, des avions, des missiles de croisière ou des drones
(avions sans pilote). La bombe E n'est l'objet d'aucun contrôle.
Aucun traité de désarmement ne la mentionne.
Les Etats-Unis ne sont pas les seuls à en disposer. La
France, l'Allemagne et le Royaume-Uni ont signé récemment un
accord invitant leurs industriels à se regrouper pour concevoir
le développement, d'ici à 2004, d'une arme hyperfréquences
opérationnelle.
Jacques Isnard
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