19/08/2006

Une autre vision de la mondialisation

Mustapha Bourakkadi

Le professeur Mahdi Elmandjra vient de publier son dernier ouvrage qui traite de l'idée du respect des valeurs humaines dans leur universalité. Avec un titre évocateur, «Valeur des valeurs», l'auteur propose une approche analytique de la notion de système de valeurs. Il a recueilli des articles de presse, des interventions qu'il a faites dans plusieurs congrès et forums internationaux, des interviews, des dialogues par Internet interposé. Bref, des textes se situant entre 1979 et 2006, encore inédits.

Présenté en trois parties, ce livre propose en premier lieu de définir le rôle que les valeurs humaines peuvent jouer dans la construction d'une société (1re partie) ; l'auteur pense «qu'il n'est pas exagéré de dire que l'avenir de l'humanité se jouera au niveau de la considération que l'on accordera en fait à la vie humaine et au respect mutuel des valeurs. Celles-ci sont un préalable pour la survie dans la dignité.

D'où l'intérêt croissant des valeurs en ces jours pénibles que nous vivons, où l'indifférence aux souffrances des ‘autres' est devenue monnaie courante». La deuxième partie explique le rapport dialectique qui se trouve entre créativité et valeurs humaines. Pour Elmandjra : «Il n'y a pas de développement sans vision, sans liberté et sans créativité !» Par ailleurs, il insiste sur l'idée «qu'il n'est pas négatif que les cultures s'entremêlent, à condition qu'il y ait une gestion de ces échanges afin de ne pas tomber dans un mimétisme aveugle qui viderait l'identité de son contenu». La troisième partie du livre est dédiée à la mémoire collective comme élément créateur de valeurs, rendant hommage par la même occasion à de nombreuses figures de l'art et de la pensée qui, par leur travail, leurs convictions profondes et leur créativité, sont devenues des sources d'enrichissement pour le patrimoine culturel entendu dans son sens le plus large.

L'intérêt de cette œuvre réside d'une part, dans la sélection d'écrits dont la pertinence ajoute des éléments de réflexion sur ce que vit le monde actuellement comme abjections commises au nom d'une supposé «légalité internationale», et d'autre part, dans le compte rendu de l'arbitraire par lequel les puissants s'évertuent à imposer leur vision du monde comme unique système valable, faisant fi de tout ce qui ne leur ressemble pas. Il constate que «le Nord a déployé jusqu'à présent très peu d'efforts pour comprendre, et encore moins pour parler, le langage du Sud. Il faut accorder une priorité aux systèmes de valeurs pour se rendre compte que la crise actuelle entre le Nord et le Sud est une crise du système entier».

A la suffisance dans laquelle se complaisent «les pays développés» qui s'acharnent à poursuivre leur aventure de domination, il oppose une approche fondamentalement axée sur le respect de la diversité culturelle et la réhabilitation des vertus d'équité, de liberté et d'humanité sans lesquelles il ne voit aucune issue aux troubles que connaît la société moderne par les temps qui courent. A ce titre, il affirme que : «La paix passe par une meilleure communication culturelle, dénudée de mensonges et de discrimination dans les rapports internationaux.

Le respect des valeurs des «autres» relativise le concept de «valeurs universelles» sans insister sur leur «adaptation» forcenée à un universalisme réductionniste et insignifiant à l'échelle de l'histoire de l'Humanité». Malgré un pessimisme apparent dans son analyse des faits, Mahdi Elmandjra ne perd rien de son optimisme quant à l'avenir de l'humanité, à condition que le système de valeurs actuel transforme son orientation aussi bien au niveau de la pensée qu'à celui des actes : «Je crois en l'universel - celui qui est le produit de l'intersection des diversités, celui dont l'algorithme est basé sur la justice et l'équité appliquées sans discrimination de race, de religion, de sexe ou de revenu.

Je crois en l'universel du beau et de l'amour tels qu'on les ressent individuellement. Je crois en l'universalité de la créativité et de l'innovation dans leur libre cours. Je crois en l'universalité de la spiritualité par laquelle l'être humain se dépasse en toute liberté».