Inévitable, le match Occident-reste du monde

Par Samuel Huntington

Deux ans avant Samuel Huntington

Mahdi Elmandjra annonçait

la "Première guerre civilisationnelle"...

En août 1991, Mahdi Elmandjra, professeur d'économie à l'université de Rabat (Maroc), écrivait, dans son ouvrage en arabe intitulé Première guerre civilisationnelle: "la guerre du Golfe n'est que le premier épisode d'un conflit Nord-Sud [qui sera] dominé dorénavant par des considérations d'ordre essentiellement culturel". Pour lui, si la période coloniale a été caractérisée par des enjeux d'ordre économique, la période néocoloniale par des enjeux d'ordre politique, le post-colonialisme sera déterminé par des enjeux culturels, d'où le risque de "guerres civilisationnelles".

Mahdi Elmandjra stigmatise également, dans son ouvrage, "les trois grandes peurs de l'Occident": "la peur de la démographie", "la peur de l'Islam" et "la peur de l'Asie", "menaces" qui figurent en bonne place dans l'article détonnant de Samuel Huntington, The Clash of civilizations , publié en été 1993 par la revue "Foreign Affairs". L'économiste marocain préfère cependant au "clash" des civilisations, la diversité culturelle. Affirmant que l'expérience historique du Japon "montre à l'évidence que modernisation ne veut pas dire occidentalisation", Mahdi Elmandjra cite Atsushi Shimokoube, président de l'Institut Nippon pour l'Avancement de la Recherche (NIRA), pour qui le "nouvel ordre mondial pourrait être (...) l'âge de la coexistence des civilisations multiples".

Sources: "La Crise du Golfe, prélude à l'affrontement Nord-Sud", par Mahdi Elmandjra, in: "Futuribles", Paris, octobre 1990, et Première guerre civilisationnelle, texte disponible sur la homepage internet du même auteur.

© Le Temps stratégique, No 82, Genève, juillet-août 1998. le.temps@edipresse.ch