«GRAND PRIX D'ARCHITECTURE DU MAROC»

Un grand cri d'indignation

C'est avec un vif étonnement que nous avons appris, par la presse, qu'un "Grand Prix d'Architecture du Maroc" aurait été créé. Fin mars, en effet, divers quotidiens et hebdomadaires ont rapporté cette nouvelle, annoncée lors d'un point de presse, tenu à Fès, par le Président de la Commission d'organisation de ce Prix qui est en même temps Président du Festival des Musiques Sacrées. La création de ce Prix serait l'oeuvre de la Fondation Internationale de Synthèse Architecturale (FISA-MAGHREB).

Le nom de cette Fondation figure dans l'en-tête du courrier, adressé par le Secrétaire Général de ce Prix aux architectes du secteur privé pour les inviter à participer. C'est d'ailleurs en bonne compagnie que le nom de FISA figure auprès d'autres noms dans l'en-tête, tels le prix Aga Khan d'Architecture et l'Académie d'Architecture de France. Il s'agit d'institutions qui, dans le dossier de présentation de ce Prix, sont présentées parmi les promoteurs du Grand Prix d'Architecture du Maroc, au même titre que l'Ordre des Architectes et d'autres institutions.

La caution morale apportée par la citation de ces Institutions internationales a probablement encouragé un certain nombre de cabinets d'architectes à adresser des dossiers de candidature à ce prix dont l'organisation avançait à grands pas: réunion du jury début mars, sélection de huit oeuvres ou projets nominés. Annonce de la prochaine réunion du jury pour la mi-avril afin de présenter les résultats à l'occasion de la tenue de l'Exposition Bat-Expo, programmée à Casablanca du 16 au 19 avril 1998. Manifestation au cours de laquelle, toujours selon la presse, le Grand Prix d'Architecture du Maroc, qui serait décerné le 17 avril , devrait «définir l'avant-garde de l'architecture» au Maroc.

Sur quoi repose cette leçon d'avant-gardisme. Le Prix Aga Khan d'Architecture, dont le siège est à Genève, dément catégoriquement toute implication dans l'organisation ou la promotion de ce Prix. Les responsables du Prix Aga Khan d'Architecture sont formels et précisent qu'ils n'ont jamais autorisé qui que ce soit à utiliser leur sigle et leur nom pour cautionner la mise en place d'un «Grand Prix d'Architecture du Maroc». Ces mêmes responsables ont d'ailleurs écrit aux organisateurs pour clarifier les choses.

Au siège de l'Académie d'Architecture de France à l'Hôtel de Chaulnes, Place des Vosges à Paris, on retrouve le même son de cloche. On n'est pas au courant. A l'Ordre des Architectes, cité en tant que promoteur de cette opération par les organisateurs de ce Prix, c'est également le même étonnement. On se rend compte, à fur et à mesure, que le fameux Grand Prix d'Architecture du Maroc n'est rien d'autre qu'une imposture qui ne peut que soulever l'indignation de tous ceux pour qui l'architecture, en tant que fait de civilisation, fait partie des valeurs fondamentales de toute culture et de toute société qui tient a son identité et a son génie créateur.

Le papier à en-tête adressé aux participants, dont la crédulité a été exploitée, porte également la mention du Conseil Régional du Centre de l'Ordre National des Architectes. Au cas où ce Conseil ait été réellement informé, rappelons que le patronage d'un tel prix n'est pas de son ressort et ne relève pas de ses attributions. Pour couronner le tout, le dossier de présentation de ce prix, étale une liste impressionnante de "membres souhaités", comprenant des Altesses Royales de plusieurs pays ainsi que de nombreuses personnalités nationales et internationales.

Apres vérification auprès d'un large échantillon représentatif, aucune des personnalités «souhaitées» que nous avons pu contacter n'était au courant de ce projet ou de l'utilisation abusive qui y était faite de leur nom. Cette situation démontre, s'il le fallait, à quel point la création d'un véritable Prix de l'Architecture s'impose au Maroc. Une telle initiative requiert une démarche responsable et crédible avec la participation effective des architectes marocains et des autorités et institutions nationales concernées. Si la culture et la création artistique avaient une priorité, une pareille mésaventure n'aurait pas pu se produire. Mais il est vrai que la nature a horreur du vide.

Rabat, le 7 avril 1998


Najiba EL ALAMI
Salima ELMANDJRA FILALI
Ahmed BEN YESSEF
Abderrahim CHARAI
Patrice DEMAZIÈRES
Ali ECHCHARIF EL IDRISSI
Mohammed EL MALTI
Mahdi ELMANDJRA
Saïd MOULINE
Hassan SLAOUI

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