» et privatisées par la force des choses. A chaque opération de contrôle, direct ou indirect, du processus de recherche de la vérité, c’est la liberté et le progrès scientifique qui en pâtissent grandement. En fait, c’est le meilleur moyen de préparer le terrain pour la dictature et le totalitarisme. La "globalisation", constitue, dans une large mesure, un néo-totalitarisme qui ne dit pas son nom. Il se pose alors, dans ce contexte, une question épistémologique : comment la connaissance se développe-t-elle dans un domaine ou une discipline, et comment elle est mise à jour, renouvelée et accumulée. La connaissance doit-elle être traitée simplement comme un bien de consommation, sans égard pour son caractère cumulatif, ni pour sa fonction visionnaire ?

 Il est vrai que la connaissance est éphémère et qu’elle évolue constamment et à une grande cadence. Nous savons également que ce qui est vrai aujourd’hui peut ne pas l’être demain. Ceci vaut surtout pour les sciences sociales où nous avons tous tendance à être quelque peu arrogants. En essayant de comprendre la portée politique et socio-économique de la "globalisation", je rejette toute analyse qui cherche à me forcer à considérer le "pouvoir" comme seul référentiel possible et "la Superpuissance" comme l’unique indicateur. Le langage des nouveaux adeptes consiste à dire : "vous n’avez pas le choix". A mon avis, cette expression décrit clairement et résume fidèlement l’essence même de ce qu’on entend par "globalisation". La liberté et la dignité ne nous laissent d’autre choix que de dire "nous avons effectivement le choix ainsi que le droit sacré de poursuivre ce choix".

 Ceux qui disent  "vous n’avez pas le choix" ont abdiqué pour diverses raisons et ont même consciemment "globalisé" la résignation comme une façon d’être. C’est le cas d’un  trop grand nombre de responsables gouvernementaux  et de décideurs du secteur privé dans le Tiers Monde. On ne répétera jamais à quel point ces gens sont peu représentatifs. Leur crédibilité auprès de leur population est quasiment nulle. La survie dans le cénacle du pouvoir ainsi que la cupidité économique sont les deux principaux facteurs qui expliquent ce comportement. En Occident, on tend plutôt à escamoter ces faits qui sont de notoriété publique et à  privilégier ainsi le court terme au lieu de promouvoir une vision imaginative de l’avenir.

 Les gens du Nord continuent à se détourner du sort des quatre milliards d’individus du Sud qui souffrent des effets conjugués de la mauvaise gestion et de la corruption, au niveau interne et, au niveau externe, de l’exploitation par le biais de politiques post colonialistes. La situation est explosive, mais chacun parle des voies et moyens pour assurer la stabilité. La stabilité pour qui ? La stabilité à quel prix ? .L’ancien colonialisme avait au moins l’avantage de la transparence. Vous aviez un occupant et une population occupée ; une population terrorisée face à des étrangers ; une agriculture et une économie  totalement vouées aux besoins d’une minorité outre-mer. En un mot : un assujettissement ouvert, sans facettes occultes. Aujourd’hui, avec l’avènement du post-colonialisme, les choses sont autrement plus complexes. C’est  une "joint venture" où se liguent les anciens colonisateurs et les nouveaux exploiteurs internationaux.

 La "globalisation" a été largement favorisée par les effets conjugués du post-colonialisme, du parrainage de la Superpuissance, de la tutelle des institutions financières internationales qui sont aux ordres de cette dernière, ainsi que de la corruption et la lâcheté de ceux qui président aux destinées du Sud. Je ne vais pas développer davantage les rapports historiques, sinon pathologiques, qui existent entre le « post colonialisme » et la « globalisation ». Je crois pouvoir revendiquer la paternité de l’expression " post colonialisme " dont j’ai également affiné  le concept. Vous pouvez en trouver les éléments introductifs dans la revue mensuelle " Futuribles" (n° 147, Paris, octobre 1990)  sous le titre  "la Crise du Golfe, Prélude à l’Affrontement Nord-Sud. Les débuts du Post-colonialisme ". On peut aisément vérifier cette affirmation en cherchant sur Internet les termes " post-colonialisme " et " postcolonialisme ".

 A l’ère du post-colonialisme , vous n’avez plus besoin de troupes pour dominer des pays. Vous vous servez des infrastructures qui sont sur place, notamment  des "collaborateurs" consentants parmi les groupes gouvernants et quelques mercenaires intellectuels. Ces gens savent pertinemment qu’ils ne sauraient se maintenir au pouvoir sans le "postcolonisateur". Celui-ci, par ailleurs, est conscient du fait que ses intérêts et son pouvoir, passent par eux. D’où leur objectif commun d’assurer la stabilité de ceux qui se trouvent au pouvoir. Ceux qui ne peuvent accéder au pouvoir par un véritable processus démocratique – comme c’est le cas de la quasi-totalité des gouvernements actuels du Tiers Monde – comptent sur le postcolonialisme, désormais enrichi et consolidé par la "globalisation".

 En 1970, ayant dirigé un séminaire à la London School of Economics sur les relations internationales et la recherche opérationnelle, j’ai écrit un livre intitulé "The United Nations System : An Analysis. Ce projet était né d’une conviction, à savoir que l’on peut étudier les sys