DECLARATION DE LA FAMILLE EL MANOUZI
A PROPOS DE L’INSTANCE EQUITE ET RECONCILIATION
SEULE LA VERITE EST EQUITABLE
Sur la base des missions contenues dans la motion soumise à l’approbation
royale, le CCDH est chargé de mettre en place la commission dite « Instance
d’équité et de réconciliation ».
L’approche défendue par la nouvelle équipe du CCDH pour le règlement définitif
du dossier de la disparition forcée et de la détention arbitraire présente des
avancées certes, mais elle piétine sur la question de l’impunité. Une question
centrale qu’on ne peut escamoter dans la mesure où elle conditionne la
perpétuation des pratiques de l’enlèvement et de la disparition. Elle
reflèterait, si elle est maintenue, les limites de l’Etat de droit et les
entraves aux valeurs de démocratie et de liberté.
« OU EST HOUCINE EL MANOUZI»
Pendant des décennies, ceux qui osaient poser cette question devaient avoir un
certain courage pour affronter la menace de la disparition à vie. Pourtant, ils
n’étaient pas nombreux mais ils ont pu mobiliser l’opinion publique nationale et
internationale pour briser le mur de silence et sauver de centaines de rescapés
des bagnes de tazmamert, Kelaat M’gouna et Laayoune.
Certains ont voulu éteindre l’élan de cette forte mobilisation pour la défense
du droit à la vie des personnes encore en détention secrète par la publication
de la fameuse liste des 112 disparus et l’annonce de la constitution d’une
instance d’indemnisation. La vigilance des familles a permis de déjouer la
manœuvre visant à leur forcer la main pour tourner la page des graves violations
des droits humains.
« Imaginez que Houcine a glissé lors du pèlerinage à la mecque et a succombé à
ses blessures ». Quelle simulation ignoble que suggérait l’ancien président du
CCDH aux parents de Houcine pour avaliser l’idée de son décès (liste des 112).
HOUCINE EST VIVANT
Devant l’attachement de la famille à sauver la vie de Houcine, le CCDH lui
fournit le 16 août 2001 un bulletin de décès. Ce document s’est avéré être un
faux certificat médico-légal, qui ne porte aucune signature, ni aucun numéro
d’enregistrement.
Pour infléchir la position de la famille, la pression des « services » continue
(intimidations aux postes de frontière, dégradations du domicile des
grands-parents à Tafraout).
Aujourd’hui, la nouvelle présidence du CCDH promet d’impulser une nouvelle
dynamique restauratrice de la confiance perdue, et se donne un délai de 9 mois
pour apporter une réponse à la question « où est Houcine El Manouzi ? ».
DES INQUIETUDES
Les méthodes de travail de la nouvelle instance « équité et réconciliation »
seront conditionnées par ses missions telles qu’elles ont été définies. Selon
les termes de la motion adoptée par le CCDH, l’instance va « continuer
d’enquêter sur les cas de disparus dont le sort est inconnu et devra déployer
des efforts pour arriver à des résultats ».
Auparavant, le CCDH n’a jamais mené d’investigations sur le sort de Houcine EL
MANOUZI. Nous avons pu consulter le dossier au siège du CCDH lors de la remise
du faux bulletin de décès. Ce dossier ne contient que des coupures de presse, et
des extraits des rapports des ONG sur le cas de Houcine, à part une
correspondance de la présidence du CCDH datée de décembre 1998 informant le
ministre de l’intérieur de notre refus de déposer une demande d’indemnisation.
De quels moyens disposeront les membres de la nouvelle instance pour amener les
services concernés par la disparition de Houcine à la libération ou à
communiquer tous les éléments en leur possession sur les conditions de son
enlèvement et sa séquestration? Dans quelle mesure la famille pourra user de son
droit de réplique aux informations fournies par les services concernés?
En cas de décès confirmé, l’instance se fixe pour objectif de « déterminer le
lieu d’enterrement pour permettre aux familles de pouvoir se recueillir sur
leurs tombes ». De quels moyens va se doter l’instance pour certifier l’identité
des corps ? Quelle réponse à la doléance des familles pour l’inhumation des
corps ? Quelle démarche pour retrouver les corps « disparus » ?
La réponse à ces questions dépendra en partie de la composition de l’instance,
de l’indépendance de ses membres, de leur impartialité, de leur courage
politique, des modes de fonctionnement et des garanties que fournira l’Etat.
Il est certain que le fait de dévoiler la vérité permettra de poser correctement
le problème de l’impunité, et de même que la lumière faite sur tous les cas de
disparition forcée ouvrira la voie à un vrai processus de réconciliation.
LIBEREZ VOS CONSCIENCES
Durant toutes ces dernières années, notre famille a centré son combat sur la
question de savoir « où est Houcine ».
Aujourd’hui, nous confirmons :
· Notre attachement au droit d’établir toute la vérité sur la disparition forcée
de Houcine : quels étaient les auteurs et les commanditaires, dans quelles
conditions ce crime a été perpétré, pourquoi avoir recours à une telle pratique.
· Notre droit au libre choix du lieu d’inhumation de nos proches décédés en
détention
· Notre droit à une réparation juste et équitable
· Notre droit à des excuses publiques pour toutes les souffrances endurées
durant plus de trente ans
· Notre libre choix de pardonner en connaissance de cause ou d’engager des
poursuites devant les juridictions nationales et/ou internationales contre les
auteurs des actes criminels d’enlèvement, de séquestration et de disparition.
Nous ne recherchons aucune vengeance. Dans ce cadre, nous interpellons les
responsables de ces actes pour qu’ils libèrent leurs consciences et contribuent
eux aussi à ce que les causes des disparitions et des tortures soient
éradiquées.
Houcine El Manouzi a sacrifié sa jeunesse pour l’émergence d’un Etat de droit.
Nous restons fidèles à son combat.
Casablanca le 19 novembre 2003
A QUAND ?
LA VERITE, TOUTE LA VERITE SUR LA DISPARITION FORCEE DE HOUCINE EL MANOUZI
ENLEVE DE TUNIS LE 29 OCTOBRE 1972
LA REHABILITATIONDU COMMANDANT BRAHIM EL MANOUZI
VICTIME D’UNE EXECUTION SOMMAIRE ET ARBITRAIRE LE 13 JUILLET 1971
LA REMISE DU CORPS DE BELKACEM MOUJAHID MANOUZI
MORT SOUS LA TORTURE AU CENTRE DERB MOULAY CHERIF AU MOIS DE SEPTEMBRE 1970
LA PRISE EN CHARGE MEDICALE ET MATERIELLE DU DOCTEUR OMAR EL MANOUZI
VICTIME DE L’ABOMINABLESYSTEME DE REPRESSION
Famille EL MANOUZI 738 rue Boucraa Casablanca