COMMUNIQUE DE PRESSE
Maroc:
Mesures intimidatrices contre le droit à la liberté d'expression
2 mars 2001
Les militants des droits humains qui ont comparu le 28 février 2001 devant le tribunal de première instance de Rabat
et qui sont accusés d¹avoir organisé une manifestation non autorisée le 9 décembre 2000, risquent une peine d'un maximum
de trois ans de prison s¹ils sont déclarés coupables.
«Ce procès n¹aurait jamais dû avoir lieu. Il fait partie d¹une vague de poursuites judiciaires contre les défenseurs des droits
humains au Maroc et l¹association islamiste interdite al->Adl wa¹l-Ihsan (Justice et Spiritualité), » a dit Amnesty
International. S'ils sont emprisonnés, ils seraient considérés prisonniers d¹opinion.
Parmi les militants on compte des membres de l¹Association marocaine des droits humains (AMDH), dont son Président
Abderrahmane Benameur et son Vice-Président Amine Abdelhamid, aussi bien que des membres du bureau exécutif du
Forum pour la vérité et la justice et du Comité de coordination du groupe des Sahraouis victimes de la disparition forcée
et de la détention arbitraire. Un délégué d¹Amnesty International a assisté à l¹audience. Le procès reprendra le 5 avril.
Par ailleurs, quelques 130 membres et sympathisants de l¹association islamiste interdite al-Adl wa¹l-Ihsan (Justice
et Spiritualité), y compris sept membres de la famille du chef spirituel du groupe, Abdessalam Yassine, font
actuellement ou ont fait récemment l’objet de poursuites judiciaires aux tribunaux de plusieurs villes au Maroc
à la suite de manifestations qui ont eu lieu le 10 décembre 2000, organisées par l¹association en commémoration
également du 52ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l¹homme et pour demander
la légalisation de l¹association et l¹abrogation de l¹interdiction de ses publications.
Dans un autre développement qui porte atteinte à la liberté d¹expression au Maroc, deux journalistes, Aboubakr Jamai
et Ali Amar, qui travaillent pour l¹hebdomadaire marocain Le Journal Hebdomadaire, ont été condamnés hier
à Casablanca à respectivement trois et deux mois de prison. Ils ont été poursuivis pour une série d¹articles qui
accusait le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Benaissa, de détournements de fonds alors qu¹il était
ambassadeur aux Etats-Unis. Ils ont été condamnés aussi à payer deux millions de dirhams (environ $200,000)
de dommages et intérêts et une amende de 20,000 dirhams. Les deux journalistes demeurent en liberté provisoire
en attendant un éventuel recours devant la Cour d¹appel. S¹ils sont emprisonnés, Amnesty International considérait
Aboubakr Jamai et Ali Amar comme des prisonniers d¹opinion, condamnés uniquement pour avoir exprimé leurs
opinions de manière non violente.
L¹organisation admet que les représentants de l¹Etat, au Maroc comme ailleurs, puissent vouloir demander réparation
devant la justice lorsqu¹ils font l’objet de déclarations qu¹ils jugent diffamatoires, mais considère que de telles plaintes
devraient déboucher uniquement sur une procédure civile.
"La législation pénale ne devrait pas être utilisée pour réprimer les critiques à l¹égard des représentants de l¹Etat",
ajoute Amnesty International.
Le 22 février 2001 le tribunal de première instance de Rabat a condamné 15 personnes, y compris quatre membres
de la famille de Abdessalam Yassine, dont sa fille, Nadia Yassine, la porte-parole de l¹association, à une peine
de quatre mois de prison avec sursis et une amende de 1,000 dirhams (environ $100) pour attroupement non
armé qui pourrait troubler l¹ordre public.
Trois autres ont été acquittés.
Le même jour à Marrakech 19 personnes ont reçu une peine de quatre mois de prison ferme et aujourd'hui à Fès
huit d'autres ont été condamnées à trois mois de prison avec sursis et une amende de 1,000 dirhams pour des
raisons semblables. D¹autres procès de membres et sympathisants de al-Adl wa¹l- Ihsan se déroulent
actuellement à Casablanca, Tétouan, Agadir et Oujda.
Contexte :
Le 9 décembre 2000 quelques 42 personnes ont été arrêtées lors d¹un sit-in devant le parlement à Rabat organisé
par l¹AMDH et détenues durant une nuit