L’Opinion, 14-06-2004

 

Journée mondiale contre le travail des enfants)

Plus d’excuses pour le travail domestique des petites filles

Les enfants invisibles, « Plus d’excuses pour le travail domestique des petites filles, plus aucune excuse pour les pires formes de travail des enfants », déclarent l’OIT/IPEC, le Projet ADROS et l’UNICEF dans un communiqué conjoint lancé à l’occasion de la Journée Mondiale contre le travail des enfants, le 12 juin 2004 dont le thème retenu cette année est le travail domestique » Texte du communiqué :

C’est parce qu’elles sont invisibles qu’il est difficile de recenser les petites filles domestiques au niveau national. Mais les résultats de l’enquête faite en 2001 auprès des petites employées de maison dans la wilaya de Casablanca sont très révélateurs de la situation dramatique de ces enfants et méritent d’être rappelés à l’occasion de cette journée mondiale contre le travail des enfants.

Ainsi, à Casablanca, 13.580 filles de moins de 15 ans travaillent dans les foyers en tant que domestiques dont 4% ont moins de 11 ans. Cachées derrières des portes closes, ces petites filles sont assujetties aux pires formes d’exploitation. Privées de leur milieu familial et de leur droit à l’éducation (82% sont analphabètes), elles sont livrées à elles mêmes, sans aucune défense, à diverses formes de maltraitance, de violence et d’abus sexuels (570 cas parmi les filles recensées à Casablanca ont été victimes d’abus sexuels).

Très souvent, ces petites filles sont les premières à se réveiller et les dernières à dormir, travaillant de très nombreuses heures, dépassant même les normes des adultes (67 heures par semaine en moyenne alors que le nouveau code du travail fixe une limite de 44 heures pour les adultes). La majorité d’entre elles travaillent 7 jours sur 7 sans répit et sans congé, faisant ainsi l’objet d’une intolérable exploitation. Ces petites filles domestiques font souvent l’objet de trafic par des intermédiaires (Samsaras) et ne perçoivent même pas la maigre contrepartie de leur travail (salaires variant en moyenne de 200 à 500 dirhams) qui est versée directement aux parents.

C’est une enfance perdue pour ces petites filles qui aspirent, comme d’ailleurs tous les enfants, à une vie meilleure, à rester au sein de leur famille et à aller à l’école. En les mettant au travail si jeunes, ces petites filles deviennent autant d’opportunités perdues pour leur société et pour le développement de leur pays. Autant d’opportunités malheureusement perdues dans un cercle vicieux qui accentue leur pauvreté et pérennise leur marginalisation.

 Le Maroc a ratifié la Convention des Droits de l’Enfant et les conventions internationales n°182 et 138 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT). Aujourd’hui, le Maroc dispose d’un Code du travail qui interdit l’emploi des enfants de moins de 15 ans et d’une loi sur l’obligation scolaire (loi 04-00). Plus de tolérance, plus d’excuses pour l’exploitation des enfants. L’exploitation des enfants ne doit plus être tolérée ni excusée sous aucun prétexte. La place naturelle d’un enfant est au sein de sa famille et sur les bancs de l’école.

Ce message interpelle non seulement les parents, qui justifient souvent le travail de leurs enfants par la pauvreté, mais également les employeurs. Ceux-ci contribuent à priver ces petites filles de leurs droits les plus fondamentaux : le droit à l’amour et à l’affection, le droit à la famille, le droit à l’éducation, au jeu et à l’épanouissement. Le paradoxe est que, souvent, ces employeurs ont eux-mêmes bénéficié d’une éducation et d’une formation supérieure (42 % des employeurs de petites domestiques à Casablanca ont un niveau d’études supérieur) et qu’ils veillent avec ardeur à assurer un bon avenir à leurs propres enfants. Ce sont ces mêmes employeurs qui confient la garde de leurs enfants à des petites filles domestiques qui ne sont elles-mêmes que des enfants.

Plus aucune excuse pour l’exploitation de nos enfants !

Faisons en sorte que la famille et l’école soient plus qu’un droit pour l’enfant, qu’elles soient sa place naturelle dans la société.