KENZO TANGE : UN GEANT DE L’ARCHITECTURE DISPARAIT
Mahdi ELMANDJRA *
L’article ci-dessous a été écrit il y a un quart de siècle et a paru dans la revue Jeune Afrique datée du 2 avril 1980. Le génie de l’architecture contemporaine est mort à Tokyo le 23 mars dernier. Cette note introductive et le texte ci bas sont un hommage à un créateur hors-pair et à un humaniste qui m’a honoré de son amitié pendant de longues années.
Sa thèse de doctorat était sur l’Arche d’Ise qui lui permis de suggérer un algorithme du rapport des formes dans la tradition structurale japonaise. Il s’est attaché à cet algorithme tout en le faisant évoluer au point où on ne le reconnaissait plus. Bien sûr, comme tout créateur, il a été influencé par d’autres créateurs mais Kenzo Tange était d’abord Kenzo Tange malgré certaines affinités avec le Corbusier.
Il a fort bien exprimé cette approche dans le discours qu’il a prononcé à l’occasion de sa réception à l’Académie des Beaux Arts à Paris le 23 Mai 1984.
« Mais si, pour moi, la tradition agissait comme un catalyseur, stimulant le développement de mes idées et présente tout au long de l’élaboration et de la conception des projets, elle ne m’apparaissait pas en tant que telle dans le résultat final. Cette prise en compte de la tradition était liée au dessin du projet et notre méthodologie revêtait une dimension différente.»
Kenzo Tange a rejoint le ciel où il pourra structurer l’infini. C’est un très grand maître les amateurs du beau et de l’harmonie perdent. Heureusement qu’il a laissé un riche patrimoine pour les générations à venir.
Il a eu de très bons rapports avec le Maroc. Au retour de son voyage au Japon en 1976, Monsieur Ahmed Osman, alors Premier Ministre, avait été très impressionné par les travaux de Kenzo Tange et en parla à Feu SM le Roi Hassan II en lui suggérant qu’il s’occupe du projet qui était prévu à Bab Zaër pour un complexe de trois éléments : parlement, cour suprême et salle de conférences internationales. L’idée fut approuvée et j’étais chargé de prendre contact avec Kenzo Tange qui fut invité officiellement pour s’occuper de ce projet. Un essai qui n’a pas abouti, peu importe les raisons, mais tout le monde était impressionné par la réaction du Professeur Kenzo Tange, y compris Feu SM le Roi Hassan II qui l avait reçu à l occasion de sa visite au Maroc, qui précisa qu’il ne pourrait jamais faire les plans du parlement ou de la cour suprême car ce sont les deux plus grands symboles de la souveraineté d’un pays et que ceux-ci devaient être entrepris par des nationaux.
Rabat, le 14 avril 2005
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* Le Professeur Mahdi Elmandjra a participé à de nombreux jurys internationaux d’architecture dont celui de l’Arche de la Défense à Paris, il est le seul architecte honoraire de l’Union Internationale des Architectes et en 1984 il obtint la Grande médaille de l’Académie Française d’Architecture.